Après s’être essayé au thriller et à la science-fiction, Luc Besson se mesure à un monument de la littérature fantastique : Dracula de Bram Stoker. Dans Dracula : A Love Tale, en salles le 30 juillet, il revisite l’histoire du célèbre vampire en en faisant le héros d’une romance maudite. Une relecture gothique et romantique, ambitieuse sur le plan visuel, mais qui se perd dans les conventions d’un amour stéréotypé.
Une romance éternelle dans un Paris fin-de-siècle
Le récit débute au cœur de la Transylvanie médiévale, où le Prince Vladimir, ravagé par la mort d’Elisabeta, renie Dieu et hérite d’une malédiction : l’immortalité. Réincarné en comte Dracula, il traverse les siècles à la recherche de son amour perdu. Son périple le mène à Paris en 1889, en pleine Exposition universelle, où il croit reconnaître Elisabeta dans la jeune Mina.
Avec ce point de départ, Luc Besson affiche clairement son ambition : explorer le pouvoir destructeur d’un amour hors du temps. Mais le traitement du récit, trop appuyé, peine à convaincre. Les scènes d’amour, parfois caricaturales, n’échappent pas aux clichés du “male gaze” : une sensualité omniprésente, souvent déconnectée de toute émotion véritable. Le personnage féminin, joué par Zoë Bleu, est réduit à une muse silencieuse, sublimée et consumée par le regard du vampire.
Entre virtuosité esthétique et excès d’artifice
Doté d’un budget de 45 millions d’euros, le film déploie un univers visuel très travaillé, entre décors grandioses, costumes foisonnants et effets numériques clinquants. On retrouve ici la signature de Luc Besson, déjà à l’œuvre dans Le Cinquième Élément ou Valérian, avec une mise en scène rythmée, des plans stylisés et une musique composée par Danny Elfman, qui accentue la tension dramatique.
Caleb Landry Jones, déjà vu dans Dogman, incarne un Dracula intense, mélancolique et tourmenté. Face à lui, Zoë Bleu, fille de Rosanna Arquette, tient son premier grand rôle. D’après les propos de Luc Besson rapportés dans les notes de production, c’est Caleb Landry Jones qui l’a suggérée pour le rôle, impressionné par sa voix et sa présence. Le réalisateur ne savait alors pas qu’il avait dirigé sa mère dans Le Grand Bleu. Malgré un début de tournage éprouvant, l’actrice parvient à insuffler de la douceur et de l’humanité à son personnage, pourtant peu développé.
En dépit de sa richesse esthétique, le film semble souffrir d’un manque de perspective nouvelle sur l’œuvre originale. L’histoire d’amour devient prétexte à une succession de scènes spectaculaires, où l’émotion est trop souvent sacrifiée au profit du spectaculaire. Si l’adaptation de Francis Ford Coppola avait su conjuguer passion et tragédie, celle de Besson cède à la facilité.
Malgré sa promesse d’explorer la dimension romantique de Dracula, A Love Tale reste prisonnier de ses ambitions visuelles et d’une vision convenue du féminin. Le film séduira sans doute les amateurs de fresques gothiques, mais peine à s’imposer comme une relecture mémorable du mythe.