Avec Promis le ciel, présenté en ouverture de la section Un certain regard, la réalisatrice franco-tunisienne signe un drame vibrant et profondément politique sur les violences vécues par les femmes subsahariennes exilées à Tunis.

Dans son troisième long-métrage, Erige Sehiri donne la parole à celles qu’on entend trop peu : les femmes noires migrantes vivant en Afrique du Nord. À travers le quotidien partagé de trois Ivoiriennes installées en Tunisie, Promis le ciel mêle intimité, tension sociale et humanité. Le film a ouvert la sélection Un certain regard ce mercredi à Cannes, porté par une distribution remarquable, dont Aïssa Maïga dans un rôle de pasteure évangélique à la tête d’une maison-refuge.

Un récit choral ancré dans une réalité brûlante

La cinéaste s’appuie sur des situations bien réelles : expulsions, racisme quotidien, discours politiques hostiles. En février 2023, le président tunisien Kaïs Saïed désignait les migrants subsahariens comme responsables de violences, une déclaration qui avait déclenché une vague de harcèlement et d’expulsions. Promis le ciel s’empare de ce contexte et suit trois femmes — Marie, Naney et Jolie — qui tentent de préserver leur dignité dans un environnement de plus en plus hostile. L’arrivée d’une fillette rescapée d’un naufrage bouleverse leur fragile équilibre.

Sans jamais sombrer dans le misérabilisme, le film mêle délicatement la dureté du réel à des instants de poésie. Sehiri pose sa caméra au plus près des visages, des corps en mouvement, des regards silencieux. Son approche sensible, nourrie par un travail d’enquête et d’immersion dans les communautés qu’elle filme, donne à cette fiction une résonance universelle.

Un film politique, sans slogan, mais avec conviction

La force de Promis le ciel réside aussi dans son refus du didactisme. Le film n’assène pas, il montre, il suggère. Le scénario, écrit avec justesse, révèle la complexité des trajectoires migratoires au sein même du continent africain, loin des représentations figées d’un exil exclusivement tourné vers l’Europe.

Aïssa Maïga, bouleversante, incarne une femme de foi qui tente de préserver une communauté livrée à elle-même. À ses côtés, Deborah Christelle Lobe Naney, repérée lors d’un casting sauvage, et l’artiste Laetitia Ky livrent des performances d’une rare authenticité. La réalisatrice mêle actrices professionnelles et non-professionnelles, et tire de ce mélange une énergie brute, précieuse.

Avec Promis le ciel, Erige Sehiri signe une œuvre puissante, esthétique et engagée. Un film qui interroge, émeut, et rappelle que la politique peut aussi passer par l’art du cinéma.

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