Dans Family Therapy, la réalisatrice slovène Sonja Prosenc dissèque avec ironie l’hypocrisie d’une famille bourgeoise repliée sur elle-même, dont le vernis de perfection vole en éclats à l’arrivée d’un invité inattendu.
Une critique acerbe de l’entre-soi bourgeois
Tout commence par un souvenir d’enfance transformé en scène d’ouverture saisissante : une voiture en feu au bord de la route, que personne ne prend la peine de secourir. Cet abandon, témoin d’un égoïsme latent, pose d’emblée le ton du film. On découvre alors une famille slovène richissime vivant dans une villa de verre isolée en forêt — un décor à l’apparente transparence qui masque un huis clos étouffant.
La venue de Julien, un jeune Français (interprété par Aliocha Schneider), bouleverse l’équilibre fragile du foyer. Fils illégitime du père de famille Aleksander, il est accueilli sous prétexte de renforcer l’image d’unité nécessaire à la candidature du patriarche pour une mission spatiale. Mais très vite, cette façade lisse s’effrite, révélant jalousies, manipulations et mépris de classe.
Sonja Prosenc s’inspire clairement des œuvres de Ruben Östlund ou de Bong Joon-ho : comme dans Parasite, la villa devient symbole d’un entre-soi verrouillé, une illusion de pureté rendue oppressante par un jeu de couleurs et une composition visuelle très contrôlée. La maison de verre, loin d’être ouverte, fonctionne comme une cage dorée. Chaque plan semble stylisé pour pointer les rapports de domination et les fractures sociales.
Une mise en scène ambitieuse mais inégale
Si le propos est limpide et souvent pertinent, le film pèche parfois par excès de démonstration. Certains effets appuyés — ralentis solennels, musique orchestrale envahissante, personnages cadrés derrière des barreaux ou dormants dos à dos — alourdissent le message. À force de souligner son propos, le film finit par perdre en subtilité.
Malgré cela, Family Therapy peut compter sur des comédiens justes et une direction d’acteurs précise. Katarina Stegnar et Marko Mandic, dans les rôles des parents, traduisent avec justesse la tension latente de leur couple et leur attachement maladif aux apparences. Quant à Aliocha Schneider, il incarne avec sobriété la menace douce que représente Julien, intrus silencieux mais perturbateur.
La fin, plus nuancée, esquisse une réconciliation fragile entre les personnages, comme si l’humanité refaisait surface sous les couches de vernis social. Un geste poétique — symbolisé par la présence inattendue d’une biche — vient clore cette fable froide sur les fractures de classe et les faux-semblants familiaux.
Family Therapy, de Sonja Prosenc, en salles le 27 août 2025 (2h02). Avec Katarina Stegnar, Marko Mandic, Aliocha Schneider. Distribution : Tajine Studio.