François Ozon s’est imposé comme l’un des réalisateurs français les plus prolifiques et les plus exportés, capable de séduire autant qu’il irrite par une filmographie qui change sans cesse de ton. Né à Paris le 15 novembre 1967, il se forge très tôt une culture cinéphile et une pratique de tournage en super 8, avant d’intégrer La Fémis en 1990, après des études de cinéma à Paris-I.
Un auteur éclectique, entre provocation et zones grises
Ses premiers longs-métrages construisent sa réputation de cinéaste provocateur, attiré par la transgression et le malaise : Regarde la mer, Sitcom ou encore Les Amants criminels, puis Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, adaptation d’une pièce de Rainer Werner Fassbinder. Progressivement, Ozon déplace son cinéma vers des récits plus troubles, où la frontière entre réel et fantasme devient un terrain de jeu : Sous le sable met en scène le déni et l’effondrement intime, Swimming Pool cultive l’incertitude entre fiction et vécu, tandis que Dans la maison explore la manipulation et le pouvoir du récit. Dans plusieurs de ses films, le protagoniste est pris dans un conflit moral ou social violent, et c’est ce cheminement intérieur souvent filmé au plus près qui structure la narration.
Stars, références et stylisation pour faire surgir une vérité
Ozon est aussi réputé pour son travail avec les actrices et, plus largement, pour sa direction d’interprétation, qu’il place au centre d’un dispositif parfois très stylisé. Huit Femmes, son plus grand succès public, pousse l’artifice jusqu’au plaisir du jeu scénique et du numéro musical dans un huis clos au décor volontairement “théâtral”, avant qu’il retrouve une veine proche avec Potiche, porté là encore par Catherine Deneuve. Cette alternance entre réalisme et mise en scène assumée est l’une de ses signatures : décors, costumes et musique peuvent paraître “trop” beaux ou “trop” composés, mais servent précisément à révéler une vérité enfouie chez des personnages fragiles.
Cinéaste aux influences revendiquées de Claude Chabrol à François Truffaut, mais aussi de Polanski à Almodóvar Ozon varie les genres (drame intime, thriller, comédie, film à costume) et peut passer d’un film à l’autre d’un registre à son contraire, tout en revenant à des thèmes récurrents : la sexualité, la subversion des normes familiales, l’ambiguïté des sentiments et la part de fiction dans la vie. Cette liberté de ton et de forme explique en partie pourquoi il ne laisse, en France, presque jamais indifférent.