Collapse (face à Gaza) : un documentaire israélien filmé depuis la frontière face à Gaza
Collapse (face à Gaza) : un documentaire israélien filmé depuis la frontière

En salles le 6 mai, Collapse (face à Gaza) est le fruit de deux années de travail solitaire de la documentariste israélienne Anat Even. Née en 1958 et formée au cinéma à UCLA, elle est retournée dès le 23 octobre 2023, moins de trois semaines après les attaques du 7 octobre, dans le kibboutz de Nir Oz, dans le désert du Negev, à quelques kilomètres de la bande de Gaza, là où elle a grandi. Un quart des 400 habitants du kibboutz avaient été tués ou capturés lors de ces attaques. Ce qu’elle y trouve : des vitres criblées de balles, des tables encore mises, des murs calcinés, et sur les boîtes aux lettres, des stickers indiquant « tué », « capturé », « libéré », seulement deux de ce dernier. Le film précise dès l’ouverture n’avoir « reçu aucun financement de l’État israélien ».

Gaza filmée de loin, une guerre entendue mais jamais montrée

Le parti pris esthétique du film est radical : Anat Even ne montre jamais l’intérieur de Gaza. Les Gazaouis n’existent dans le film qu’à travers le bruit des bombes et les silhouettes d’immeubles qui s’effondrent à l’horizon. Cette absence assumée est au cœur du propos de la réalisatrice, qui confie dans une voix off à son ami Ariel Cypel, dramaturge israélien exilé à Paris avec qui elle échange par lettres tout au long du tournage, son impossibilité à « véhiculer la parole des habitants de Gaza » sans être à leur place. Tout au long du film, elle arpente la frontière, observe les champs agricoles se transformer en zone militaire pour Tsahal, filme les soldats « comme on filmerait un documentaire animalier, avec distance et froideur », écrit France Télévisions. En fond sonore permanent : les explosions. « En un mois à Gaza, il y a plus de bombardements de l’armée israélienne que des États-Unis en 2019 en Afghanistan », explique un spécialiste de l’armement interrogé par la réalisatrice dans le film.

Une voix israélienne dissidente, un documentaire présenté à la Berlinale

Présenté dans la section Forum de la Berlinale, Collapse s’inscrit dans une longue trajectoire personnelle et politique. Depuis ses premiers films, dont Enchaînées (2001) sur l’oppression palestinienne, Anat Even interroge les « contradictions » d’une nation qu’elle aime et conteste simultanément. L’échange épistolaire avec Ariel Cypel, dont l’exil parisien lui confère une distance plus critique encore, donne au film une dimension de déchirement intérieur qui dépasse le seul conflit armé. Collapse raconte comment une société civile israélienne se fracture, y compris entre ceux qui partagent les mêmes convictions politiques, face à une guerre qui n’offre « ni répit, ni issue » à la bande de Gaza visible depuis les champs.

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