Avec Avignon, son tout premier long-métrage, le réalisateur Johann Dionnet signe une comédie décalée et attachante sur l’univers du théâtre, en plein cœur du mythique festival éponyme. Portée par Baptiste Lecaplain dans le rôle de Stéphane, acteur raté engagé pour jouer du boulevard dans le Off, l’intrigue s’emballe lorsqu’il tente de séduire Fanny, interprétée par Elisa Erka, brillante comédienne de théâtre classique. Il lui fait croire qu’il joue Le Cid, et se retrouve prisonnier de ce mensonge au fil des représentations. Le film brosse avec humour la rivalité entre les formes de théâtre populaire et subventionné, avec ses codes, ses snobismes, et ses luttes de reconnaissance.
Véritable déclaration d’amour à la scène, la comédie a été saluée au Festival de l’Alpe d’Huez, où elle a raflé trois prix. Inspiré par ses propres années sur les planches avignonnaises, Johann Dionnet mêle dans ce récit autofiction, comédie romantique et critique sociale, tout en gardant un ton léger et une mise en scène à la fois sobre et inventive.
Un regard sincère et drôle sur la vie de comédien
Derrière les rires, Avignon dresse aussi le portrait d’un monde fragile, celui du spectacle vivant. À travers le quotidien des personnages — tous interprétés par des acteurs familiers des planches comme Constance Carrelet, Lyes Salem ou Rudy Milstein —, le film aborde des sujets profonds : la précarité des intermittents, l’élitisme culturel, les rivalités générationnelles ou encore la pression pour « percer ».
Mais Avignon ne se contente pas de dénoncer. Il met en lumière la passion, la solidarité et l’humanité qui animent les troupes, avec une justesse rare. Dialogues ciselés, ruptures de ton, références théâtrales : le film assume son hybridité et parvient à capturer l’essence de ce festival unique. En choisissant de montrer l’envers du décor, entre flyers distribués dans la rue, salles à moitié vides et petites victoires collectives, Dionnet signe un hommage tendre et sans cynisme à tous les comédiens qui continuent d’y croire.
Sorti ce 18 juin dans plus de 350 salles françaises, dont plusieurs à Avignon même, Avignon rappelle que le théâtre, même dans l’adversité, reste un lieu d’émotions partagées et d’histoires à inventer.