Avec Résurrection, Bi Gan explore le XXe siècle à travers un rêve cinématographique
Avec Résurrection, Bi Gan explore le XXe siècle à travers un rêve cinématographique

Présenté en compétition officielle à Cannes, Résurrection marque le retour du réalisateur chinois Bi Gan avec une œuvre visuellement saisissante qui entremêle mémoire collective, récit sensoriel et passion du cinéma. À la frontière du rêve et de la science-fiction, ce conte hypnotique affirme le style unique de l’auteur de Kaili Blues.

Une odyssée onirique et sensorielle sur les ruines du siècle

Dans un monde post-apocalyptique où l’on ne rêve plus, une femme — photographe, conteuse, peut-être magicienne — redonne vie à un androïde inerte en lui transmettant l’histoire du XXe siècle chinois. À travers ce récit, le film Résurrection déploie une fresque sensorielle et poétique où se mêlent souvenirs d’Histoire et hommages appuyés aux grandes figures du 7ᵉ art. Présenté le 22 mai 2025 en compétition officielle au Festival de Cannes, le film semble fait d’un tissu d’illusions, où chaque scène convoque les ombres de Méliès, Murnau, Kurosawa ou encore Wong Kar-wai.

Le “rêvoleur”, personnage central de ce récit, traverse les âges et les genres. D’abord être humain, puis entité mécanique, il perd peu à peu ses sens tout en étant nourri par la voix de la femme. L’univers visuel est dense, fait de reflets, de perspectives déformées, de clins d’œil au cinéma muet, aux polars, aux films de vampires et aux jeux d’ombres expressionnistes. Entre deux visions, surgissent des fragments de musiques signées Chopin, Bach ou encore le groupe français M83, donnant à ce voyage un relief à la fois mélancolique et futuriste.

Bi Gan poursuit sa quête entre mémoire, technologie et poésie

Bi Gan, dont le premier film Kaili Blues avait été remarqué pour sa structure audacieuse, continue ici d’explorer ses thématiques de prédilection : le temps, le souvenir, la perception. Son précédent film, Long Day’s Journey Into Night, avait déjà marqué les esprits à Cannes en 2018 grâce à un plan-séquence en 3D d’une heure. Avec Résurrection, il pousse encore plus loin cette ambition plastique, tout en assouplissant son approche narrative. Plus accessible que ses œuvres précédentes, le film conserve néanmoins sa marque de fabrique : une immersion lente, sensorielle, où l’on se perd avec délice.

Porté par Shu Qi, de retour sur la Croisette dix ans après The Assassin de Hou Hsiao-hsien, aux côtés de Jackson Yee et Mark Chao, le film interroge ce qui reste de l’humanité quand le monde s’est effondré. Comme le dit le “rêvoleur” dans une des dernières séquences : « Le monde s’est déjà effondré. » Une phrase comme une note finale suspendue, dans un film qui, selon France Télévisions – Rédaction Culture, est « assurément le plus mystérieux et le plus fou de cette compétition ».

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