Michael Angelo Covino et Kyle Marvin font une entrée remarquée dans le paysage de la comédie contemporaine avec Libre Échange, une satire des relations amoureuses modernes présentée au Festival de Deauville. Ce duo, déjà salué pour The Climb (Grand Prix à Deauville en 2019), revient avec un film aussi absurde que physique, qui mélange humour burlesque et réflexion acide sur le couple et la jalousie.
Une satire explosive des relations ouvertes
Libre Échange met en scène Carey (Marvin), fraîchement quitté par sa femme Ashley (Adria Arjona), qui se retrouve hébergé par son couple d’amis Paul (Covino) et Julie (Dakota Johnson). Ce dernier lui annonce qu’ils vivent désormais une relation non-exclusive. D’abord intrigué, Carey tente de s’adapter à cette vision plus « moderne » de l’amour… jusqu’à ce que les choses dégénèrent lorsque Paul découvre que sa femme et son ami ont franchi la ligne.
Le film multiplie les situations cocasses et les affrontements absurdes, avec notamment une scène de bagarre loufoque en plan-séquence qui pastiche la virilité et expose les contradictions émotionnelles des personnages. Si personne ne semble transgresser les règles posées, chacun finit par révéler ses limites face à la jalousie et à l’échec du contrôle de soi. Pour Covino et Marvin, l’objectif n’est pas de promouvoir ou de condamner la non-monogamie, mais d’en faire le cadre d’une farce humaine et imparfaite, où les protagonistes sont guidés par leurs blessures plus que par leurs convictions.
Une comédie burlesque entre modernité et nostalgie
Avec ce long-métrage, les deux cinéastes rendent hommage à un certain cinéma comique des années 1970, à mi-chemin entre l’absurde et le mélancolique. On y retrouve l’influence de Blake Edwards, des frères Farrelly, ou encore de Bertrand Blier. L’action se déroule dans des décors naturels et lumineux, avec une mise en scène qui favorise les plans-séquences et un ancrage réaliste. Pourtant, le film s’autorise de fréquentes ruptures de ton, entre émotion sincère et explosion de burlesque.
Covino et Marvin jouent également avec la dimension physique du comique : chutes, roulades, poursuites et mobilier brisé viennent souligner l’infantilisme de leurs personnages, qui s’affrontent comme dans une cour de récréation. Un retour assumé à la slapstick comedy, que le duo moderne revitalise à travers des dialogues affûtés et une dynamique de groupe irrésistible.
Porté par un quatuor d’acteurs très investis – notamment une Dakota Johnson à la fois pince-sans-rire et touchante – Libre Échange ne se contente pas de faire rire. Il interroge, mine de rien, la difficulté de s’aimer sans se trahir. Une comédie de mœurs déguisée en joyeux chaos, qui confirme le talent singulier de ses deux créateurs pour mêler humour physique et sens du malaise contemporain.