C’est sa première apparition télévisée depuis des années. Le samedi 25 avril, Adèle Haenel a pris la parole sur le plateau de C dans l’air, sur France 5, quelques jours après la condamnation en appel du réalisateur Christophe Ruggia à cinq ans de prison, dont deux ferme sous bracelet électronique, pour agressions sexuelles aggravées sur la comédienne entre ses 12 et ses 15 ans. L’actrice de 37 ans, césarisée à deux reprises, a confirmé ce que beaucoup pressentaient : elle ne reviendra pas au cinéma. « C’est la fin d’un parcours judiciaire qui a été long et éprouvant, donc je ressens du soulagement », a-t-elle déclaré. « C’est un chapitre qui se ferme. Tout le temps que j’y ai consacré — examiner le dossier, préparer les auditions — je vais désormais le consacrer à autre chose. »
Une industrie qui « véhicule racisme et sexisme », le théâtre comme alternative
Sur le plateau de France 5, Adèle Haenel a été claire sur les raisons de sa rupture avec le cinéma. « Ce n’est pas un médium que je critique, c’est une industrie », a-t-elle précisé, dénonçant « un monde qui construit des imaginaires qui ne nous aident pas à sortir de la crise dans laquelle nous sommes — une crise d’humanité — et qui normalise la cruauté, le racisme, le sexisme dans la production d’images. » Elle poursuit aujourd’hui une carrière au théâtre et dit vouloir s’engager plus largement dans un combat politique. « Je me bats aux côtés du droit dans un monde en train de glisser vers le fascisme », a-t-elle lancé, dénonçant un « état de droit piétiné » à l’échelle nationale comme internationale, et militant pour un monde « dans lequel toutes les enfances sont possibles et vivables, à l’abri des violences, des bombes et des viols ».
« Se sentir chanceuse d’avoir eu droit à la justice ne témoigne-t-il pas d’une profonde injustice ? »
L’actrice a également interrogé la portée symbolique de sa propre victoire judiciaire. « Je me sens chanceuse d’avoir eu le droit à la justice », a-t-elle reconnu, avant d’ajouter : « Mais ce sentiment de se sentir chanceux ne témoigne-t-il pas d’une profonde injustice ? Comment se fait-il que la justice soit réservée à certains ? » Elle a tenu à souligner que dans « de très nombreux cas, les personnes n’ont pas l’occasion de voir leur affaire traitée en justice », évoquant « énormément de choses qui se mettent sur le chemin avant de pouvoir aller jusqu’au procès ». Son avocate, Anouck Michelin, rappelait que les deux femmes ont travaillé ensemble pendant six années sur ce dossier.
Communauté
Commentaires
Les commentaires sont ouverts, mais protégés contre le spam. Les premiers messages et les commentaires contenant des liens passent par une validation manuelle.
Soyez le premier à commenter cet article.