Sept ans après les faits, la société Radar Films a été jugée responsable de la destruction de centaines d’œufs de flamants roses lors du tournage du film de Nicolas Vanier. Le tribunal de Nîmes a prononcé ce vendredi 11 avril une lourde sanction financière pour atteinte à une espèce protégée.
Une scène dramatique hors caméra
Les 6 et 7 juin 2018, en pleine période de nidification, deux ULM affrétés pour les besoins du film Donne-moi des ailes ont survolé à basse altitude une colonie de flamants roses en Camargue, provoquant la panique chez les oiseaux. Fuyant précipitamment, ceux-ci ont abandonné leurs nids et piétiné environ 520 œufs dans leur envol, selon les données scientifiques de la Tour du Valat, centre de recherche sur les zones humides. Ce drame écologique représentait à lui seul 11,5 % de la reproduction annuelle de cette espèce vulnérable en France.
Vendredi, le tribunal correctionnel de Nîmes a condamné Radar Films à une amende de 52 000 euros : 50 000 euros pour destruction non autorisée d’œufs et 2 000 euros pour perturbation volontaire d’une espèce protégée. La production devra également publier ce jugement dans Les Cahiers du cinéma et Midi Libre, et verser des dommages moraux de 10 000 euros aux ONG parties civiles, dont la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) et France Nature Environnement (FNE). L’association Robin des Bois obtient par ailleurs 2 000 euros au titre du préjudice écologique.
Une responsabilité assumée par la société, mais jugée insuffisamment encadrée
Lors de l’audience du 7 mars dernier, le procureur avait requis jusqu’à 100 000 euros d’amende, dénonçant une organisation défaillante et une méconnaissance flagrante des enjeux environnementaux. Les autorités locales avaient pourtant alerté l’équipe du film sur la fragilité du site, classé Natura 2000, et les périodes à risque pour les oiseaux.
Radar Films s’est défendue en rejetant la responsabilité sur un prestataire chargé du pilotage des ULM. Le réalisateur Nicolas Vanier, le directeur de la photographie et le pilote principal ont, eux, bénéficié d’un non-lieu à l’issue de l’instruction. Le tribunal a toutefois estimé que la société de production restait seule responsable des infractions constatées.
Ce jugement envoie un message clair aux producteurs : comme l’a rappelé Simon Popy de FNE Occitanie-Méditerranée, “il est impératif de respecter les consignes des gestionnaires d’espaces naturels”, surtout lors de tournages en milieu sensible. L’affaire, tristement ironique au vu du message écologique véhiculé par le film, devrait faire date dans les rapports entre cinéma et environnement.