Son dernier saut n’aura pas été filmé. Et pour cause : aucun équipement de type GoPro n’a été retrouvé sur les lieux. Le corps de cet ancien militaire de 44 ans a été découvert samedi matin, gisant au pied d’une éolienne haute de 80 mètres à Arville, petit village du sud de la Seine-et-Marne. Il aurait escaladé la structure en contournant le dispositif de sécurité, avant de se jeter dans le vide. Son parachute, pour une raison encore inconnue, ne s’est pas ouvert. Originaire de la région parisienne, l’homme était un adepte des sports extrêmes, habitué des sauts à haute intensité. Comme souvent, il avait prévenu un proche de son projet et laissé ses coordonnées GPS. L’alerte a été donnée lorsqu’il n’a plus donné signe de vie. Les gendarmes de Château-Landon, saisis de l’enquête, s’interrogent désormais sur les circonstances précises du drame.
Une pratique illégale, un risque assumé
Le base jump (acronyme de Building, Antenna, Span, Earth) est une discipline radicale dans laquelle les pratiquants sautent depuis des structures fixes, souvent sans autorisation. L’éolienne d’Arville, l’une des six du site, n’était manifestement pas prévue pour servir de tremplin à une chute libre. Selon le parquet de Fontainebleau, la victime aurait utilisé un monte-charge ou une échelle pour accéder à la trappe située entre les pales. La société gestionnaire du parc a signalé par le passé des ouvertures suspectes, sans pour autant avoir connaissance de précédents sauts. Cette fois, la tentative a viré au drame. Anne Thibault, maire d’Arville, a fait part de sa consternation : « Ce qui s’est passé est triste et absurde. Une éolienne, c’est un équipement industriel, pas un terrain de jeu. »
Dans les milieux du base jump, le danger est une composante connue et assumée
Un proche de l’enquête le résume crûment : « Dans ce genre de saut, on a 1 ou 2 % de chance de se tuer. » Le chiffre n’est pas une figure de style. Le mois de juillet a déjà vu disparaître deux figures internationales de la discipline : la cascadeuse espagnole Marta Jiménez et l’Autrichien Felix Baumgartner, légende du saut stratosphérique. Le premier a succombé à une rupture de parachute, le second à un malaise en plein vol. Cette recherche d’adrénaline se pratique souvent en solitaire, loin des regards, avec pour seul compagnon un parachute, parfois capricieux. À Puiselet-le-Marais, en octobre 2024, un sauteur avait miraculeusement survécu à une chute de 90 mètres. Celui d’Arville n’a pas eu cette chance. Le ciel, cette fois, ne lui a laissé aucune échappatoire.