Le Cachemire va-t-il ouvrir la boîte de Pandore nucléaire en Asie du Sud ?
Le Cachemire va-t-il ouvrir la boîte de Pandore nucléaire en Asie du Sud ?

Le nombre total d’ogives nucléaires entre l’Inde, la Chine et le Pakistan s’élève à environ 630. La Chine ambitionne d’augmenter son arsenal nucléaire de 320 à 1 500 têtes d’ici 2035. Ainsi, ces trois pays constituent ce que l’on appelle le « triangle de la terreur nucléaire », en raison du niveau extrême d’hostilité qui les oppose.
Alors que le centre de gravité de l’ordre mondial, notamment économique, commence à se déplacer vers l’Est, la Chine et l’Inde en deviendront les deux piliers principaux dans le futur ordre mondial envisagé (démographiquement, Chine + Inde = 36,21 % de la population mondiale).
La Chine reste contenue par les États-Unis à travers la première chaîne d’îles, avec Taïwan comme joyau de cette stratégie d’endiguement. En revanche, l’Inde dispose d’un accès sans entrave à l’océan Indien, lequel, selon le penseur américain Robert D. Kaplan, deviendra l’axe du nouvel ordre mondial (indo-pacifique).

La Chine cherche à sortir du « siècle d’humiliation » imposé par les puissances coloniales occidentales, y compris la Russie, et tente de créer des zones d’influence dans sa région immédiate ainsi que sur d’autres continents. Que signifie sinon le projet « La Ceinture et la Route » du président chinois Xi Jinping ?
De son côté, l’Inde s’efforce de sécuriser ses acquis géopolitiques en écartant les menaces vitales pour sa sécurité nationale, venant de trois directions :

  • Au nord-ouest, avec le Pakistan, région considérée comme le « ventre mou » du pays, par où les Moghols ont envahi l’Inde pour régner pendant 300 ans (Sultanat moghol).
  • Au nord-est, avec la Chine, avec laquelle elle a des différends frontaliers, même si la nature a établi une barrière naturelle, la chaîne de l’Himalaya, entre les deux géants.
  • Enfin, côté maritime, avec 7 516 km de côtes exposant l’Inde à des menaces constantes. L’Empire moghol ne fut-il pas renversé par la mer avec l’arrivée des Britanniques ? Ces derniers, par Lord Louis Mountbatten, ont aussi procédé à la partition de l’Inde, créant le Pakistan, l’ennemi juré de l’Inde. N’est-ce pas également un Anglais, Sir Mortimer Durand, qui a tracé en 1893 la « ligne Durand », séparant les Pachtounes entre l’Afghanistan actuel et l’est du Pakistan, dans le contexte du « Grand Jeu » entre la Grande-Bretagne et la Russie en Asie centrale ?

Ainsi se dessine aujourd’hui un nouveau jeu géopolitique en Asie du Sud et de l’Est :

  • La Chine cherche à encercler l’Inde, aussi bien par terre que par mer. Elle a tenté d’établir une influence indirecte sur le Sri Lanka, limitant ainsi la mobilité indienne dans l’océan Indien, en se positionnant notamment près du détroit de Palk, à moins de 80 km au sud de l’Inde.
  • Dans le cadre de son initiative « La Ceinture et la Route », la Chine a investi environ 60 milliards de dollars au Pakistan pour accéder par voie terrestre au port pakistanais de Gwadar, sur le golfe d’Oman. Cela lui permettrait de contourner la puissance navale américaine et les détroits stratégiques, tout en encerclant l’Inde.
  • L’Inde, pour sa part, cherche à se rapprocher de l’Occident, notamment des États-Unis, tout en restant attachée à sa tradition de non-alignement. Elle consolide aussi ses alliances avec le Japon à travers des exercices navals conjoints, et avec l’Afghanistan, exploitant l’hostilité historique entre Kaboul et Islamabad à propos de la ligne Durand.
  • L’Inde modernise également sa marine, développant ses capacités de porte-avions (elle en possède actuellement deux) et diversifiant ses sources d’armement vers l’Ouest.
  • Par ailleurs, New Delhi et Washington collaborent pour contrer l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route » via la promotion d’un corridor économique maritime et terrestre reliant Mumbai à l’Europe en passant par le Golfe, en plus de la participation de l’Inde au groupe Quad.

En conclusion, la réaction de l’Inde après l’attentat terroriste récent au Cachemire semble peut-être exagérée, mais elle révèle, dans sa profondeur géopolitique, les maux que renfermait déjà la boîte de Pandore de l’Asie du Sud.

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