La CPI ouvre des audiences contre Rodrigo Duterte et affirme que « les puissants ne sont pas au-dessus de la loi »
La CPI ouvre des audiences contre Rodrigo Duterte et affirme que « les puissants ne sont pas au-dessus de la loi » 

La Cour pénale internationale (CPI) a entamé lundi des audiences consacrées aux accusations visant l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, poursuivi pour crimes contre l’humanité en lien avec sa guerre antidrogue menée entre 2016 et 2022. Pour le procureur adjoint Mame Mandiaye Niang, cette affaire constitue « un rappel que les puissants ne sont pas au-dessus de la loi ». 

Selon l’accusation, Rodrigo Duterte aurait « autorisé des meurtres » et « personnellement sélectionné certaines des victimes ». Le parquet affirme qu’il a joué un rôle central dans des exécutions extrajudiciaires, d’abord comme maire de Davao, puis comme président des Philippines. 

Les audiences dites de « confirmation des charges » doivent permettre aux juges de déterminer si les éléments présentés sont suffisants pour ouvrir un procès. La CPI dispose de 60 jours après la fin des débats pour rendre sa décision. 

Âgé de 80 ans, Rodrigo Duterte ne s’est pas présenté à l’audience. La Cour a accepté sa demande de renoncer à comparaître physiquement durant cette phase de la procédure. Arrêté à Manille en mars 2025 sous la présidence de son successeur Ferdinand Marcos Jr., il a été transféré aux Pays-Bas et est détenu à la prison de Scheveningen, près de La Haye. 

Il est inculpé de trois chefs de crimes contre l’humanité : participation présumée à 19 meurtres lorsqu’il était maire de Davao (2013-2016), implication dans 14 assassinats de « cibles de haute valeur » en 2016-2017, et responsabilité dans 43 meurtres liés à des opérations antidrogue entre 2016 et 2018. Le procureur souligne que ces cas ne représentent « qu’une fraction » des victimes présumées. 

Des organisations de défense des droits humains estiment que la campagne antidrogue de Rodrigo Duterte aurait entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, principalement issues des milieux défavorisés, souvent tuées par des policiers ou des groupes d’autodéfense sans preuves formelles de leur implication dans le trafic de drogue. 

Si cette politique a suscité de vives condamnations à l’international, elle a également bénéficié d’un large soutien au sein de la population philippine. Devant la CPI, des manifestants favorables et opposés à l’ancien président se sont rassemblés, illustrant la division persistante autour de son héritage. 

Les Philippines se sont retirées de la CPI en 2019 à l’initiative de Rodrigo Duterte. Toutefois, la Cour estime rester compétente pour les crimes présumés commis entre 2011 et 2019. La défense conteste cette compétence, et un recours est toujours en attente. 

Pour les organisations de défense des droits humains, ces audiences représentent une étape déterminante vers une possible reconnaissance judiciaire des exactions alléguées et vers la responsabilité pénale d’un ancien chef d’État. 

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