À Kaboul, Rahimullah passe jusqu’à dix heures par jour à vendre des chaussettes sur un chariot. Son revenu quotidien, équivalent à quelques dollars, suffit à peine à nourrir sa famille de cinq personnes. Comme lui, des millions d’Afghans dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire pour survivre, dans un pays où la crise économique, les catastrophes naturelles et l’instabilité politique se cumulent.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge, près de 22,9 millions de personnes, soit presque la moitié de la population afghane, avaient besoin d’une aide humanitaire en 2025. Mais cette assistance vitale se tarit. Les fortes réductions de l’aide internationale, notamment l’arrêt du soutien américain à certains programmes alimentaires des Nations unies, ont profondément fragilisé les mécanismes de secours.
Le Programme alimentaire mondial a averti que plus de 17 millions d’Afghans font désormais face à des niveaux critiques de faim pendant l’hiver, soit trois millions de plus qu’il y a un an. Cette situation s’inscrit dans un contexte de chocs multiples : sécheresses répétées, tremblements de terre meurtriers, effondrement économique et retour massif de réfugiés expulsés de pays voisins comme l’Iran et le Pakistan.
Les Nations unies alertent sur une aggravation rapide de la situation. Leur responsable humanitaire, Tom Fletcher, a expliqué que l’hiver actuel est le premier depuis des années à connaître une quasi-absence de distributions alimentaires internationales. Faute de financements suffisants, seules environ un million de personnes parmi les plus vulnérables ont reçu une aide alimentaire cette année, contre plus de cinq millions l’an dernier.
Le retour de millions de réfugiés accentue encore la pression sur les ressources. Plus de sept millions d’Afghans seraient revenus au pays ces quatre dernières années, selon les autorités. Cette arrivée massive a provoqué une flambée des loyers et une raréfaction des emplois. Rahimullah, ancien soldat, explique que son loyer a presque doublé, le contraignant à quitter son logement sans savoir où sa famille pourra se réfugier.
Les restrictions imposées par les talibans, notamment l’interdiction quasi totale faite aux femmes de travailler, aggravent la précarité. Dans le nord du pays, Sherin Gul, mère de dix enfants, raconte que sa famille survit grâce à la solidarité de voisins, quand elle ne se couche pas le ventre vide avec ses enfants. L’hiver rigoureux, la neige et le coût du chauffage rendent la situation encore plus dramatique.
Face à la diminution de l’aide et à l’ampleur des besoins, les organisations humanitaires redoutent une crise encore plus grave en 2026. Sans un sursaut de la communauté internationale, des millions d’Afghans risquent de basculer dans une insécurité alimentaire sévère, mettant en péril leur survie même pendant les mois les plus froids.