La metteuse en scène Caroline Guiela Nguyen revient avec Valentina, un spectacle poétique et politique présenté jusqu’au 15 juin au Théâtre des Abbesses. Entre conte moderne et théâtre documentaire, cette création raconte l’exil d’une mère roumaine et de sa fille venue en France pour se faire soigner, dans une langue qui n’est pas la leur.
Une fable bouleversante sur l’apprentissage et la survie
« Il était une fois » : c’est par ces mots que débute Valentina, dont l’histoire s’inspire de récits réels collectés auprès de traducteurs médicaux et de familles migrantes. Sur scène, une fillette de neuf ans devient l’interprète de sa mère atteinte d’une grave maladie cardiaque. Faute d’interprète professionnel, c’est elle qui traduit, improvise, ment parfois pour épargner ou protéger. Dans ce renversement des rôles, l’enfant devient soutien, béquille, voire sauveuse. La petite Valentina est incarnée avec une grâce rare par Angelina Iancu (en alternance avec Cara Parvu), non-professionnelle et d’une justesse bouleversante.
Dans une langue mêlant français et roumain, la pièce donne à entendre le désarroi linguistique et affectif de celles et ceux que les institutions n’écoutent pas. Mais elle évite toute lourdeur démonstrative : Guiela Nguyen choisit l’émotion, l’image, le merveilleux. Le décor baroque évoque autant un cabinet médical qu’une chambre d’enfant ou un rêve éveillé, peuplé d’ours en peluche géants et de cœurs de porcelaine. Le burlesque côtoie la gravité ; le violon tzigane, la voix blanche d’une cardiologue pressée.
Une douceur politique portée par l’imaginaire
Avec Valentina, Guiela Nguyen poursuit sa démarche entamée avec Saïgon ou Lacrima : faire entendre les voix de celles et ceux que le théâtre ignore trop souvent. Ici, la douceur de la forme – celle du conte – n’efface en rien la charge politique du propos. Elle le rend même plus puissant. Car Valentina ne raconte pas seulement l’exil : elle interroge ce que signifie « accueillir » dans une société où une enfant devient la seule passerelle entre sa mère et le monde médical.
En refusant le pathos, en misant sur la puissance des images et sur la richesse des langues, la metteuse en scène signe une œuvre d’une rare tendresse, traversée par des éclats de vérité et d’imaginaire. Une heure vingt durant laquelle le théâtre devient un lieu de consolation, d’émancipation, mais aussi de lutte.