Un fragment de l'Iliade découvert dans l'abdomen d'une momie : une première mondiale en Égypte
Un fragment de l'Iliade découvert dans l'abdomen d'une momie : une première mondiale en Égypte

C’est une découverte sans précédent dans l’histoire de l’archéologie. Des chercheurs de l’Institut d’études du Proche-Orient ancien de l’Université de Barcelone, dirigés par Maite Mascort et Esther Pons Mellado, ont mis au jour un fragment de papyrus contenant des vers de l’Iliade d’Homère à l’intérieur de l’abdomen d’une momie de l’époque romaine. La trouvaille a été effectuée dans la nécropole d’Oxyrhynque, l’antique al-Bahnasa, dans la province de Minya en Moyenne-Égypte, lors de la campagne de fouilles la plus récente d’une mission lancée dès 1992. C’est la première fois dans l’histoire qu’un texte littéraire grec est retrouvé intégré au processus d’embaumement d’un défunt de l’Égypte antique.

Le « Catalogue des vaisseaux » comme passeport vers l’au-delà

Le papyrus, identifié au début de l’année 2026 par la restauratrice Margalida Munar, la papyrologue Leah Mascia et le philologue Ignasi-Xavier Adiego, contient un passage du deuxième chant de l’Iliade : le « Catalogue des vaisseaux », dans lequel Homère énumère les forces grecques s’apprêtant à assiéger Troie. Si l’usage de papyrus dans les rituels funéraires était déjà connu des spécialistes, leur contenu avait toujours été d’ordre religieux ou magique. « Ce n’est pas la première fois que nous découvrons des papyrus grecs intégrés au processus de momification, mais jusqu’à présent, leur contenu était principalement magique », précisait Adiego auprès de Phys.org. La présence de ce texte épique dans une cavité abdominale suggère une hybridation fascinante des pratiques funéraires : les navires grecs partant vers Troie pourraient avoir symbolisé, dans ce contexte, un voyage victorieux vers l’au-delà, la momie elle-même devenant un vaisseau emportant avec elle la parole des héros.

Langues en or, crânes de félins et statuettes : un site aux surprises multiples

La nécropole d’Oxyrhynque a livré bien d’autres éléments inattendus lors de cette campagne. Plusieurs défunts reposaient dans des cercueils en bois peint avec des linceuls à motifs géométriques, et portaient dans la bouche de petites langues en or, ou en cuivre pour l’un d’eux, des amulettes destinées à permettre aux morts de s’exprimer lors de leur jugement devant Osiris. À proximité, trois chambres funéraires en calcaire contenaient de grands vases renfermant des restes humains incinérés, pratique rarissime en Égypte ancienne. Les fouilles ont également mis au jour des ossements de nourrissons, des crânes de félins soigneusement enveloppés dans des tissus, ainsi que des figurines en terre cuite et en bronze représentant le dieu Harpocrate à cheval et une statuette de Cupidon. Un ensemble hétéroclite qui témoigne, aux côtés du fragment d’Homère, d’un mélange de cultures égyptienne, grecque et romaine caractéristique de cette période charnière de l’histoire antique.

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