Encore en âge de faire la sieste, Thumbelina, petite fille de 21 mois, est déjà l’auteure d’une exposition à Tokyo. Ses œuvres abstraites, instinctives et pleines de couleurs s’arrachent à plus de 200 euros l’unité. Une trajectoire étonnante, née d’un heureux hasard et d’une vision artistique originale.
Peindre avant même de parler
Dans le quartier animé de Kabukicho, au-dessus d’un bar tokyoïte, une galerie attire les regards : celle de Decameron, récemment inaugurée par Dan Isomura. C’est là que les peintures de Thumbelina sont exposées depuis le mois dernier. L’artiste, du haut de ses 21 mois, y dévoile une série de compositions spontanées, réalisées chez elle sur tatamis avec la complicité de sa mère. Des tâches, des formes, des gestes libres – mais pas hasardeux, selon ceux qui l’observent travailler.
« Elle sait quand une œuvre est finie. Elle s’arrête, fait un geste. Et elle en demande une nouvelle », explique Dan Isomura à l’AFP. C’est lui qui a découvert les talents de la fillette, après avoir rencontré sa mère dans un avion entre l’Ukraine et le Japon, au détour d’un vol retardé. Cette mère, réfugiée ukrainienne et spécialiste de calligraphie, confie en souriant être à la fois « jalouse et fière » de cette première exposition qui ne lui est pas consacrée, à elle, mais à sa fille.
Une démarche collective et une innocence créative
L’exposition, visible jusqu’à la mi-mai, met en lumière une forme de création instinctive débarrassée des codes esthétiques classiques. Loin de toute intention conceptuelle, les œuvres de Thumbelina touchent pourtant de nombreux visiteurs. L’une d’elles, rencontrée sur place, évoque « l’innocence pure » des gestes de l’enfant, bien éloignée de nos réflexes d’adultes, trop souvent guidés par le jugement des autres.
La petite artiste dort paisiblement pendant que ses toiles se vendent à près de 33 000 yens (environ 200 euros). Pour Isomura, le charme de cette exposition réside aussi dans sa dimension collaborative. Car si Thumbelina manie pinceaux et couleurs, c’est bien sa mère qui débouche les tubes, qui la guide et l’observe. Ce travail en duo interroge, selon lui, notre rapport romantique à la création individuelle : « Nous vivons dans l’illusion d’une œuvre purement solitaire, alors qu’elle naît souvent de multiples interactions ».
En attendant la suite de sa (très jeune) carrière, Thumbelina fascine déjà les amateurs d’art japonais, séduits par la sincérité brute de son geste. Une enfant qui, avant même d’avoir prononcé ses premiers mots, s’exprime déjà par la couleur.