Quand un enfant raye un chef-d’œuvre à plusieurs dizaine de millions d’euros
Quand un enfant raye un chef-d’œuvre à plusieurs dizaine de millions d’euros

Le week-end dernier, au musée Boijmans Van Beuningen, une visite familiale a tourné à la catastrophe silencieuse : un jeune curieux, profitant d’une seconde d’inattention des adultes, a effleuré puis griffé « Grey, Orange on Maroon, No. 8 », tableau emblématique de la période classique de Mark Rothko. L’œuvre de 1960, acquise par le musée en 1970, présente désormais de fines rayures sur la zone inférieure – la partie orange éclatante qui contraste avec le grand rectangle gris. Évaluée entre 40 et 50 millions d’euros par les collectionneurs, la toile subit une dégradation certes « superficielle » selon le communiqué officiel, mais suffisamment grave pour mobiliser en urgence restaurateurs internes et experts internationaux.

Combien coûte un coup d’ongle sur un Rothko ?

L’équipe de conservation étudie plusieurs protocoles, allant du comblement minutieux de la couche picturale à un traitement plus lourd en laboratoire, sans garantie de rendre l’œuvre exposable à court terme. Reste aussi la question de l’addition : chiffrée ou non, elle tombera forcément sur l’assureur et peut-être, plus discrètement, sur la famille du jeune visiteur. En pleine flambée des assurances muséales, chaque millimètre rayé pèse dans la balance ; une restauration mal négociée pourrait rogner de plusieurs millions la valeur marchande du tableau si un jour il passait en vente.

Entre accessibilité et protection, les musées marchent sur un fil

L’incident relance le débat sur l’équilibre entre politique d’ouverture aux familles et sécurité des pièces majeures. Alors que de nombreuses institutions misent sur les visites ludiques pour initier les enfants à l’art, les protocoles de proximité – cordelettes basses, médiateurs volants – montrent leurs limites face à l’irrépressible envie de toucher. Boijmans Van Beuningen assure qu’il ne renoncera pas à accueillir les plus jeunes, mais promet de renforcer la surveillance autour des œuvres non vernies et d’intégrer davantage de pédagogie tactile… à distance des toiles. Car un simple geste maladroit a suffi à faire trembler la cote d’un maître de l’abstraction, rappelant qu’au musée, un doigt mal placé peut valoir le prix d’un appartement.

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