Le sculpteur russo-géorgien Zourab Tsereteli, célèbre pour ses œuvres monumentales disséminées aux quatre coins du monde, s’est éteint à l’âge de 91 ans dans la nuit du 21 au 22 avril 2025, dans sa maison de Peredelkino près de Moscou, « entouré de ses œuvres », selon son assistant cité par l’agence Ria Novosti. Président influent de l’Académie russe des beaux-arts depuis 1997, il laisse derrière lui une œuvre gigantesque, tant par sa taille que par son impact dans l’espace public.
Un artiste au gigantisme assumé
Né à Tbilissi en 1934, Zourab Tsereteli s’est imposé comme un maître des sculptures colossales, souvent à la frontière entre art et propagande. Il a marqué le paysage de Moscou avec des œuvres phares telles que le monument à la Victoire (142 mètres de haut, 1995) ou la statue de Pierre le Grand (98 mètres, 1997), toutes deux devenues emblématiques — et décriées — de la capitale russe. À Paris, sa statue de Jean-Paul II installée en 2014 près de Notre-Dame a également fait parler d’elle, tout comme celle du général de Gaulle (2005) à Moscou.
Son style, mêlant hyperréalisme, emphase historique et proportions titanesques, a souvent suscité la controverse. Certains y voyaient une esthétique datée, d’autres un génie du spectaculaire. Ses liens avec les sphères du pouvoir, notamment l’ancien maire de Moscou Iouri Loujkov et Vladimir Poutine, ont renforcé l’image d’un artiste au service d’un art officiel, ce qui ne l’a pas empêché d’acquérir une reconnaissance institutionnelle, notamment en France où il avait été décoré de la Légion d’honneur.
De la Russie au monde : un rayonnement contesté
À l’international, Zourab Tsereteli a connu des fortunes diverses. À la faveur de la perestroïka dans les années 1980, il a signé des œuvres symboliques comme Détruire le mur de méfiance à Londres (1989) ou Victoire du bien sur le mal à New York (1990), faite de restes de missiles soviétiques et américains. Pourtant, ses offres de dons monumentaux n’ont pas toujours trouvé preneurs. Sa statue de Christophe Colomb, imaginée pour les 500 ans de la découverte de l’Amérique, a été refusée par les États-Unis en 1992 et installée trois ans plus tard à Séville. Même sort pour La Larme, mémorial de 30 mètres conçu après le 11-Septembre et finalement érigé à Bayonne, dans le New Jersey.
Figure controversée mais incontournable, Zourab Tsereteli aura incarné jusqu’au bout une certaine idée de l’art monumental, nourri par l’histoire, le pouvoir et l’excès. Son décès marque la fin d’une époque où la sculpture aspirait à dominer le paysage autant qu’à frapper les esprits.