Le metteur en scène américain Bob Wilson s’est éteint jeudi 31 juillet à l’âge de 83 ans, dans sa résidence de Water Mill, dans l’État de New York. La fondation qui préserve son œuvre a annoncé sa disparition, évoquant une « maladie brève mais foudroyante ». Jusqu’au bout, celui qui a révolutionné le théâtre contemporain aura continué de créer, fidèle à son exigence artistique et à son obsession de la lumière et du silence.
Un visionnaire à l’univers inclassable
Plasticien, scénographe, architecte, dramaturge, Bob Wilson était bien plus qu’un simple metteur en scène. De Peter Pan à Turandot, en passant par l’opéra expérimental Einstein on the Beach co-écrit avec Philip Glass en 1976, ses spectacles sont devenus cultes pour leur esthétique épurée et leur rythme hors du temps. Très influencé par la danse, la peinture et le cinéma muet, il a imposé une écriture scénique fondée sur le mouvement, l’image et l’étrangeté poétique.
Son œuvre fondatrice, Le Regard du sourd, présentée en 1971 au Festival de Nancy, l’avait immédiatement propulsé sur la scène internationale. À travers cette pièce sans paroles, pensée à partir de l’univers d’un enfant sourd, il installait déjà les principes qui allaient irriguer tout son travail : des tableaux vivants, une temporalité étirée, une narration éclatée. Ce spectacle est considéré comme un tournant dans l’histoire du théâtre contemporain.
Un créateur adulé en France
Admiré pour son audace et parfois critiqué pour ses partis pris radicaux, Bob Wilson a profondément marqué la scène française. Dès les années 1970, la France lui ouvre ses portes, et le soutient, à l’image du mécène Michel Guy ou des institutions qui l’ont régulièrement invité. En 2019, il déclarait au Figaro : « Je dois beaucoup à la France. C’est ici que mon travail a été compris. »
Il aura collaboré avec des figures majeures comme Heiner Müller, Susan Sontag, Lou Reed ou Tom Waits, et dirigé des œuvres aussi variées que La Dernière Bande de Beckett, Faust de Goethe ou La Traviata de Verdi. Plus récemment, il avait présenté Pessoa, since I’ve Been Me au Théâtre de la Ville à Paris, renouant avec un théâtre presque muet, hanté par l’ombre du poète portugais.
Bob Wilson laisse derrière lui un héritage immense : des spectacles devenus légendes, une influence déterminante sur plusieurs générations d’artistes, et un style unique qui a fait de lui, selon les mots de la ministre française de la Culture Rachida Dati, « un sculpteur de lumière » et l’un des plus grands inventeurs de la scène contemporaine.