Met Gala : l’exposition qui célèbre le style noir donne un coup de projecteur à une nouvelle génération de créateurs
Met Gala : l’exposition qui célèbre le style noir donne un coup de projecteur à une nouvelle génération de créateurs

Jacques Agbobly n’en croyait pas ses yeux en recevant un e-mail du prestigieux Metropolitan Museum of Art. Le jeune styliste installé à Brooklyn, encore peu connu du grand public malgré cinq années d’activité, venait d’être invité à présenter deux de ses créations dans le cadre de l’exposition « Superfine: Tailoring Black Style », événement phare de l’édition 2025 du Met Gala.

« J’étais sidéré d’excitation », raconte-t-il. « J’ai vérifié plusieurs fois que l’e-mail était bien officiel. Puis, l’euphorie est montée… et je me suis demandé si j’avais le droit d’en parler à qui que ce soit ! » Originaire du Togo, Agbobly a grandi en observant les tailleurs de son quartier. Aujourd’hui, il se retrouve exposé au cœur de l’un des plus grands musées du monde, dans une exposition qui met pour la première fois à l’honneur exclusivement des designers noirs.

« Superfine » est également la première exposition du Costume Institute consacrée depuis plus de vingt ans à la mode masculine. Elle se distingue de précédentes rétrospectives centrées sur des figures iconiques comme Karl Lagerfeld ou Charles James, en choisissant de valoriser de jeunes talents aux côtés de noms établis. L’universitaire Monica L. Miller, commissaire invitée et professeure à Barnard College, en est la cheville ouvrière. Son ouvrage Slaves to Fashion sert de fil rouge à cette exploration du dandyisme noir à travers les époques.

Organisée en douze sections thématiques — de la « propriété » à la « cosmopolitisme », en passant par la « dissimulation », la « beauté » ou encore l’« héritage » — l’exposition mêle pièces historiques et créations contemporaines. On y découvre des manteaux de livrée portés par des esclaves, symboles d’un luxe détourné pour affirmer la richesse de leurs maîtres, ou encore des costumes brillamment brodés, ornés de coquillages ou de billets de banque, questionnant la représentation de la richesse et du statut social dans les communautés afrodescendantes.

Au-delà du vêtement comme apparat, l’exposition montre aussi comment l’habit a pu être un outil de libération, de survie ou de réinvention pour les esclaves fugitifs, les figures abolitionnistes comme Frederick Douglass ou W.E.B. Du Bois, ou les classes moyennes noires émergentes du XIXe siècle.

L’approche de la curatrice est politique, culturelle et profondément personnelle. Dans la section « héritage », Agbobly présente un costume en denim orné de perles, hommage aux salons de coiffure de son enfance et aux parures dominicales de ses tantes. Une autre tenue, inspirée des sacs plastiques utilisés par les migrants ouest-africains pour transporter leurs biens, célèbre avec éclat les racines de son créateur.

Agbobly l’avoue, il n’a pas tardé à partager la nouvelle avec sa famille et son entourage. « Tout le monde est au courant », dit-il en riant. « Je ne cesse de crier ma joie. Si je pouvais hurler depuis une colline, je le ferais. »

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