Après treize années d’efforts, les célèbres monuments de pierre du Morbihan sont sur le point d’être inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, une première pour la Bretagne.
Un trésor archéologique d’une ampleur exceptionnelle
Cairn de Gavrinis, tumulus de Locmariaquer, alignements de Carnac : avec plus de 550 monuments répartis sur 28 communes, les paysages mégalithiques du sud du Morbihan constituent l’un des ensembles préhistoriques les plus impressionnants d’Europe. Ces vestiges, érigés entre 6 000 et 3 000 ans avant notre ère, précèdent les pyramides d’Égypte. Certains sont immergés ou cachés sous terre, d’autres dressés avec une précision qui fascine encore archéologues et visiteurs. L’île de Gavrinis, accessible uniquement par bateau, abrite ainsi un cairn surnommé « la chapelle Sixtine du Néolithique » par Denis Bertholom, maire de Larmor-Baden, en raison de ses gravures exceptionnelles.
Si l’usage funéraire des tumulus est avéré, les alignements — comme ceux du Ménec — conservent leur part de mystère. « On n’a pas encore d’explication rationnelle sur leur fonction », reconnaît Olivier Lepick, maire de Carnac et président de l’association Paysages de Mégalithes. Des formes énigmatiques, comme des poignées sculptées, suscitent encore de nombreuses interrogations sur leur signification. C’est cette richesse culturelle et historique qui pourrait être consacrée ce samedi 12 juillet lors de la 47e session du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, à Paris.
Préserver sans dénaturer : les enjeux du classement
L’inscription des mégalithes au patrimoine mondial serait une première pour un site entièrement breton. Si la France compte déjà 53 biens reconnus par l’UNESCO, aucun n’est situé en Bretagne, ce que déplore Olivier Lepick. Le classement apporterait non seulement une reconnaissance symbolique, mais aussi des leviers concrets pour améliorer la gestion du site. « Ce label permet de mobiliser des fonds pour les aménagements et pour le futur musée d’archéologie de la ville », explique-t-il.
Mais cette distinction suscite aussi des craintes liées au surtourisme. Le site de Carnac accueille déjà entre 600 000 et 700 000 visiteurs par an. L’effet d’un classement à l’UNESCO est souvent surestimé, tempère le maire : « Pour les lieux déjà connus, on parle plutôt d’une hausse de fréquentation de 2 à 5 % ». Un plan de gestion encadre déjà les flux, avec des circuits balisés, une signalétique unifiée et parfois des visites uniquement guidées pour limiter l’impact humain.
Pour Victoire Dorise, directrice de l’association Paysages de Mégalithes, l’objectif n’est pas d’attirer plus de monde, mais « d’accueillir mieux et de faire connaître l’ensemble du paysage mégalithique ». En misant sur une diffusion plus équilibrée des visiteurs et en favorisant la recherche scientifique, la Bretagne espère préserver durablement ses pierres millénaires. Verdict attendu ce samedi : un moment décisif pour le patrimoine breton.