L’artiste Günther Uecker est mort à 95 ans : le maître du clou s’éteint, son œuvre reste
L’artiste Günther Uecker est mort à 95 ans : le maître du clou s’éteint, son œuvre reste

Figure majeure de l’avant-garde allemande et héritier d’un XXe siècle tourmenté, l’artiste Günther Uecker est mort le 10 juin 2025 à l’âge de 95 ans, a annoncé sa galerie new-yorkaise Lévy Gorvy Dayan. Célèbre pour ses œuvres composées de clous plantés à la main, il aura fait de ce geste simple un langage plastique d’une profondeur saisissante, entre méditation visuelle et mémoire collective.

Le clou comme art et cicatrice

Né en 1930 à Wendorf, dans le nord de l’Allemagne, Günther Uecker a grandi dans une Europe ravagée par la guerre. Deux expériences fondatrices nourriront toute sa démarche artistique. À 15 ans, à l’approche de l’Armée rouge, il cloue la porte de sa maison pour protéger sa mère et ses sœurs : « Un acte de panique, de survie, qui a peut-être tout déclenché », confiait-il à la télévision allemande en 2015. Peu après, il est contraint d’ensevelir sur la plage des déportés noyés à bord d’un navire. Ces traumatismes initiaux infusent ses œuvres, faites de gestes répétitifs et de matières brutes.

Après avoir fui la RDA en 1953, il s’installe à Düsseldorf, où il rejoint l’Académie des beaux-arts. Il y croise Gerhard Richter, avec qui il collaborera plus tard, et sa sœur Rotraut, également artiste, qui deviendra l’épouse d’Yves Klein. Dès la fin des années 1950, Uecker s’impose comme l’un des fondateurs du groupe Zéro, aux côtés de Heinz Mack et Otto Piene. Le collectif prône un art débarrassé de toute subjectivité, où la lumière, le rythme et l’espace prennent le pas sur la figuration.

Le clou, matériau industriel détourné, devient alors l’outil central de son expression. Planté à l’infini sur des surfaces blanches, il capte la lumière, crée des vibrations, dessine des ombres mouvantes. Le geste répétitif devient à la fois exorcisme et méditation, une manière de conjurer la violence du monde.

Un engagement artistique à portée universelle

L’œuvre d’Uecker ne se limite pas à l’abstraction esthétique. Elle est aussi profondément politique. Après la catastrophe de Tchernobyl, il réalise Images de cendres, série sombre et contemplative. En 1992, il réagit aux violences xénophobes à Rostock avec L’homme supplicié, installation monumentale exposée dans 57 pays. Toujours présent pour installer lui-même cette œuvre, l’artiste y voyait une manière de porter en personne la mémoire des drames qu’il dénonçait.

Ses créations ont été accueillies dans les plus grandes institutions culturelles, du Museum of Modern Art de New York au Centre Pompidou à Paris. Il a aussi conçu des vitraux pour des cathédrales et dessiné la salle de prière du Reichstag, siège du Bundestag allemand, confirmant ainsi la reconnaissance de son travail par les sphères politiques et religieuses.

Sa mort marque la disparition d’un artiste qui aura su transformer les blessures d’une époque en une œuvre radicale, poétique et profondément humaine. À travers ses clous,

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