Au Théâtre des Gémeaux Parisiens, Katia Ghanty signe un retour poignant sur les planches avec Les frottements du cœur, un seul-en-scène inspiré de son combat contre une pathologie cardiaque brutale. Dans ce récit autobiographique transformé en performance scénique, l’actrice retrace avec humour, finesse et émotion l’épreuve qu’elle a traversée à l’âge de 29 ans, entre réanimation, survie et renaissance.
Un récit de survie à la fois intime et universel
En 2015, une simple grippe plonge Katia Ghanty dans un état critique : son cœur lâche, son pronostic vital est engagé. Transportée en urgence à l’hôpital Lariboisière, elle est maintenue en vie grâce à une assistance circulatoire extracorporelle, posée sans anesthésie. De cette expérience extrême, elle tire d’abord un livre (Les frottements du cœur, Carnets Nord), avant de porter sur scène un spectacle singulier, tout en mouvement, où le corps et la voix deviennent les vecteurs d’une mémoire sensible.
Sur un plateau dépouillé, entre trois voiles et une chaise, elle incarne tour à tour les soignants, l’hôpital, les machines, mais surtout elle-même, traversée par le chaos d’une maladie qui l’a laissée à la frontière de la mort. Le public découvre un univers hospitalier peuplé de personnages hauts en couleur – docteur Vélo, infirmière Annabelle, aides-soignantes bienveillantes – décrits avec malice, mais sans caricature. La musique, les lumières et la chorégraphie viennent rythmer cette traversée du désert, où l’humour côtoie la sidération, et où chaque geste réinvente le lien entre corps et esprit.
Une performance habitée, entre rire, émotion et renaissance
Ce spectacle, monté une première fois au Festival d’Avignon il y a deux ans, s’installe désormais à Paris jusqu’en mars 2026. Sur scène, Katia Ghanty ne rejoue pas seulement son passé : elle l’incarne, le danse, le partage avec une salle rapidement conquise. Sa performance, d’une rare intensité, convoque des émotions multiples, entre rire libérateur et larmes discrètes. Elle transforme une expérience médicale traumatique en fresque théâtrale où la joie de vivre l’emporte sur la peur.
Le spectacle ne se veut ni plainte ni témoignage tragique, mais bien une célébration de la vie, dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus tenace. Les “frottements du cœur”, ce sont ces grincements de l’âme et du corps qui rappellent que vivre, parfois, c’est survivre. Mais c’est aussi se réinventer. Grâce à une mise en scène épurée signée Éric Bu, des lumières sensibles et une création sonore subtile, Les frottements du cœur s’impose comme un moment de théâtre rare : personnel mais jamais nombriliste, drôle sans être léger, profondément humain.