« Ils ne peuvent pas annuler le printemps » : David Hockney s’expose en majesté à Paris
David Hockney

La Fondation Louis Vuitton célèbre jusqu’au 31 août 2025 les 25 dernières années de création de David Hockney, figure emblématique de l’art contemporain, à travers une exposition monumentale. L’artiste britannique y déploie plus de 400 œuvres dans un parcours immersif, conçu comme un carnet de voyage artistique entre l’Angleterre, les États-Unis et la Normandie.

Une rétrospective intime et lumineuse

Si le cœur de l’exposition se concentre sur ses travaux récents, réalisés entre 2000 et 2025, Hockney a souhaité y intégrer quelques pièces fondatrices. Le parcours s’ouvre sur le portrait de son père peint en 1955 à Bradford, sa ville natale, témoin de ses débuts prometteurs. L’exposition rappelle aussi son engagement courageux dans les années 1960, à travers ses Love Paintings et Propaganda Paintings, revendiquant son homosexualité alors encore criminalisée en Grande-Bretagne.

C’est à Los Angeles, en 1964, que l’artiste passe à l’acrylique, abandonnant l’huile pour peindre ses célèbres piscines, dont A Bigger Splash (1967), devenue icône du pop art. Fasciné par la lumière californienne, Hockney s’intéresse aussi à la façon dont les paysages se perçoivent en mouvement, notamment depuis une voiture. Ce regard se prolonge dans ses toiles panoramiques comme A Bigger Grand Canyon (1998), composée de 60 panneaux et présentée dans l’exposition.

Du Yorkshire à la Normandie, le journal d’un peintre moderne

Dans les années 1990, Hockney revient dans le Yorkshire pour peindre les paysages de son enfance, tout en conservant une approche visuelle influencée par ses années américaines. Puis, installé en Normandie dès 2019, il explore un nouveau cycle lié aux saisons. C’est là, pendant la pandémie, qu’il prononce sa célèbre phrase — « Rappelez-vous qu’ils ne peuvent pas annuler le printemps » —, devenue la devise de l’exposition. Il y réalise alors des dessins sur iPad, envoyés par e-mail à ses amis comme une forme de consolation graphique.

La Normandie occupe une large place dans l’exposition. La série 220 for 2020, conçue sur tablette, capte les infimes variations de lumière au fil des saisons. Hockney y fait dialoguer technologies numériques et techniques classiques, confirmant sa capacité à se réinventer sans cesse. À côté de ses paysages, une galerie entière est dédiée à ses portraits — amis, médecins, amoureux ou anonymes — peints avec autant de précision que de tendresse. Pour Hockney, « peindre quelqu’un, c’est lui donner l’éternité ».

Cette exposition exceptionnelle, fruit d’une étroite collaboration entre Hockney et son compagnon Jean-Pierre Gonçalves de Lima, s’impose comme un hommage à un artiste en perpétuel mouvement. Elle est aussi un manifeste de lumière et de résistance, à l’image de son crédo humaniste : le printemps, comme l’art, ne s’annule pas.

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