Alors que Châteauvallon célèbre ses 60 ans, son directeur Charles Berling en profite pour lancer un avertissement. Face aux pressions politiques croissantes et à l’emprise des logiques financières, l’acteur et metteur en scène dénonce un climat de plus en plus hostile à la création artistique.
Subventions, contrôle politique : une liberté culturelle fragilisée
Pour Charles Berling, la liberté artistique traverse une période critique. Dirigeant à la fois le Théâtre Liberté à Toulon et la scène nationale de Châteauvallon à Ollioules, il observe une montée en puissance des discours visant à décrédibiliser le spectacle vivant. Il fustige en particulier la rhétorique qui accuse les artistes de “se faire plaisir avec l’argent public” au détriment des contribuables. Une vision qu’il considère comme “totalement fausse” et idéologiquement motivée. Selon lui, le Rassemblement national mène cette offensive contre la culture, mais n’est plus seul : “On voit ce mouvement dans tous les camps politiques”, affirme-t-il selon l’AFP.
Le comédien s’inquiète d’un retour des tentatives de contrôle sur le contenu des œuvres. Il cite André Malraux pour rappeler que lorsqu’un pouvoir politique prétend définir ce qui relève ou non de l’art, c’est le “début du totalitarisme”. Pour illustrer ses propos, il revient sur les événements de 1996 à Toulon, lorsque la mairie FN avait déprogrammé le groupe NTM à Châteauvallon, précipitant la dissolution de l’association qui gérait le lieu. “Le site a survécu grâce à l’État”, rappelle-t-il. Aujourd’hui, Châteauvallon continue à promouvoir des cultures souvent marginalisées. Le 18 juillet prochain, Kader Attou y dirigera une “Nuit du hip-hop” dans le cadre du festival d’été.
Faire du théâtre une agora contre la simplification
Pour Charles Berling, le théâtre doit plus que jamais jouer un rôle civique. Il voit dans la scène un lieu de débat, de nuance et de transmission. “Les gens souffrent d’échanger uniquement sur leur portable, en résumant des sujets complexes en trois mots”, déplore-t-il. C’est pour contrer cette pauvreté du débat qu’il a choisi de mettre en scène Léon Blum, une vie héroïque, une adaptation du podcast de Philippe Collin. Plus qu’un spectacle, il le décrit comme “un événement participatif” mêlant dessin en direct, interventions d’historiens, et jeu d’acteurs.
Toujours en collaboration avec Philippe Collin, il prépare désormais une nouvelle création théâtrale autour du podcast Les Résistantes, consacrée aux figures féminines oubliées de la Résistance. Ce nouveau projet, qu’il espère présenter au Printemps des Comédiens en 2026, répond à un objectif clair : raviver la petite voix intérieure qui dit non à l’inacceptable. Pour Berling, faire du théâtre aujourd’hui, c’est refuser la simplification, défendre la complexité et rappeler que “l’exception culturelle française, tu la finances ou tu la quittes”.