Le site de Sarouq Al Hadid occupe une place majeure parmi les sites archéologiques révélés par les fouilles successives menées aux Émirats arabes unis. Il se distingue par la richesse de son sol archéologique, comme en témoignent le grand nombre d’objets découverts au cours des deux dernières décennies. Ces objets forment plusieurs collections distinctes, dont une importante collection d’armes métalliques comprenant deux dagues uniques, chacune dotée d’un manche sculpté en forme de guépard accroupi, les pattes avant tendues vers l’avant.
La région de Sarouq Al Hadid relève de l’Émirat de Dubaï et est située à proximité du village de Al-Faqa, entre les villes de Dubaï et d’Al-Aïn (Émirat d’Abou Dhabi). Le Département du patrimoine architectural et des antiquités de la municipalité de Dubaï a commencé l’exploration de ce site en 2002, en collaboration avec plusieurs missions étrangères. Les campagnes de fouilles continues ont permis de mettre au jour une grande variété d’objets datant de périodes allant de l’âge du bronze à l’âge du fer, parmi lesquels figurent des sceaux, des poteries, ainsi que des outils en métal.
La collection d’outils métalliques se divise en plusieurs groupes, le plus important étant constitué d’armes datant du deuxième millénaire avant notre ère. Ces armes sont similaires par leur fabrication et leur style à d’autres armes découvertes dans des sites archéologiques des Émirats et des régions voisines. La majorité prend la forme de dagues de taille moyenne, avec un manche simple et une lame pointue. Le manche est généralement dépourvu d’ornement, mais certains exemplaires se distinguent par des gravures décoratives finement exécutées, révélant un style artistique propre à cette région de la péninsule arabique.
L’un de ces exemples est une dague en bronze dont le manche mesure 13 cm et la lame 16 cm. Le manche est orné de motifs décoratifs en relief formant une composition abstraite harmonieuse. Un bandeau horizontal orné de petites perles borde la base de la lame. Ce bandeau repose sur une zone cubique en forme de couronne décorée d’un motif spiralé constitué de deux éléments opposés. Dans la partie inférieure du manche, une zone rectangulaire est ornée d’épis stylisés dans un cadre délimité par deux bandeaux décorés de lignes horizontales. Cette structure repose sur une base cylindrique formant l’extrémité inférieure du manche.
Un motif similaire est présent sur une autre dague dont la lame en fer mesure 13,7 cm et le manche en bronze 9 cm. Le motif des épis se retrouve dans une structure rectangulaire surmontée d’une couronne spiralée semblable. Cette structure repose sur une base cylindrique lisse, formant ainsi le manche de cette dague dont la lame s’est oxydée avec le temps.
Deux dagues uniques se distinguent particulièrement par leur manche sculpté en forme de félin, probablement un guépard accroupi. Ces deux dagues en bronze sont proches en taille mais diffèrent dans leur composition. Le manche de l’une représente un guépard en trois dimensions, tandis que l’autre en montre une double représentation.
La première dague possède une lame légèrement incurvée de 19,5 cm et un manche de 14 cm. Le manche est sculpté en forme de guépard se dressant verticalement sur une base en forme de couronne décorée d’un motif spiralé. La tête du félin forme l’extrémité supérieure du manche, avec des traits faciaux clairement définis : yeux ronds, museau proéminent et gueule ouverte. Cette tête repose sur un long cou arqué orné d’un collier de petites perles en relief, séparant le cou du tronc. Le torse est allongé, surmonté de deux pattes tendues vers l’avant. Les cuisses sont larges, et la queue, tombante, se termine en une boucle spiralée rappelant une crinière de lion.
La deuxième dague a une lame de 16 cm et un manche courbé de 12,5 cm. Le guépard y est représenté avec quelques variations : le collier est absent, les pattes avant sont droites et verticales, et les yeux sont ornés d’un point creusé représentant la pupille. Ce guépard repose sur un second, inversé, dont la tête forme la base du manche et supporte la lame sortant de sa gueule.
Ces deux dagues constituent un exemple artistique exceptionnel dans le champ des armes découvertes sur les sites archéologiques des Émirats et du Sultanat d’Oman. Elles se distinguent par leur caractère sculptural, à la manière de véritables statuettes. Bien qu’elles reflètent des influences de la vallée de l’Indus et de la Mésopotamie, elles conservent un style local marqué, visible également dans d’autres objets relevant des « arts mineurs » traditionnels.