Quatre jours après la mort du célèbre photographe Sebastião Salgado, son fils Rodrigo Salgado, artiste porteur de trisomie 21, inaugure sa première exposition personnelle à Reims. Un hommage bouleversant et une reconnaissance inédite de son œuvre, désormais immortalisée dans le verre et la lumière.
Une œuvre singulière pour un artiste hors normes
L’exposition « Rodrigo, une vie d’artiste », ouverte au public du 27 mai au 10 septembre 2025 dans l’ancienne église du Sacré-Cœur de Reims, met en lumière le travail du fils cadet de Lélia Wanick et Sebastião Salgado. Âgé de 45 ans, Rodrigo peint depuis l’enfance, chaque jour, avec une rigueur et une inspiration instinctives. Ses œuvres — plus de 90 tableaux, quelques sculptures et surtout 16 vitraux inédits — traduisent un univers coloré et émouvant, oscillant entre éclats joyeux et mélancolie progressive.
Ces vitraux, réalisés pour la première fois à partir de l’œuvre d’un artiste porteur de trisomie 21, ont été fabriqués par les maîtres-verriers de l’atelier Simon-Marq et définitivement installés dans l’ancienne église, désacralisée en 2020. Ils s’inspirent des premières peintures de Rodrigo, aux formes géométriques vibrantes, composées à l’acrylique, au feutre ou à la gouache, avec une sensibilité à la lumière qui n’est pas sans évoquer les jeux d’ombres et de contrastes chers à son père.
Un adieu intime et une transmission d’exception
Le vernissage de l’exposition, samedi 24 mai, s’est transformé en un hommage discret mais poignant à Sebastião Salgado, décédé la veille à 81 ans. Présente aux côtés de ses fils, Lélia Wanick Salgado, compagne et collaboratrice de toujours, a salué l’art de Rodrigo avec émotion et dignité. Juliano Salgado, son frère aîné, a évoqué « une relation très forte » dans leur famille et le paradoxe de la disparition d’un photographe « de la vie, de l’humanité, de la résistance ».
Rodrigo Salgado, accueilli pendant deux décennies dans l’atelier parisien de Michel Granger, n’a jamais cessé de créer. Pour Granger, son ami et mentor, Rodrigo est un vrai peintre : « Il ne doutait pas. Il créait avec une assurance que beaucoup d’artistes rêveraient d’avoir. »
Dans une église réinventée par la lumière de ses vitraux, le geste de Rodrigo prend aujourd’hui une ampleur inattendue. Tandis que l’œuvre photographique de Sebastião Salgado a documenté la fragilité du monde, celle de son fils dessine, en silence et en couleur, une résistance intime et lumineuse.