Avec Le Pas du monde, leur nouvelle création présentée à La Villette jusqu’au 23 novembre 2025, les artistes du Collectif XY mêlent voltige, chant et réflexion sur notre rapport au vivant. Une performance saisissante portée par une énergie collective et un engagement artistique inébranlable.
Des corps en mouvement pour dire le monde
Né en 2005, le Collectif XY fête cette année deux décennies d’existence en posant son chapiteau à Paris, dans le cadre de la programmation « Chaillot Nomade ». Leur nouveau spectacle, Le Pas du monde, met en scène 22 artistes – 19 acrobates et 3 chanteurs – qui explorent ensemble le lien entre l’humain et la nature. Sans narration linéaire ni artifices visuels, la pièce donne à voir un monde en perpétuel mouvement, où les corps dessinent des paysages, évoquent la montagne, les tempêtes ou les forêts, et traduisent les métamorphoses du vivant.
Cette création est née d’une immersion dans les reliefs des Alpes-Maritimes, à Puget-Théniers. « On a laissé les idées émerger à la cadence de nos pas », expliquent Airelle Caen et Guillaume Sendron, membres historiques du collectif. Leur travail physique se nourrit de ces impressions de nature : les portés évoquent l’érosion d’un sommet, les effondrements d’éboulis, les jaillissements volcaniques ou les ondulations d’un ruisseau. Dans cette écriture chorégraphique organique, chaque mouvement traduit une sensation, un bouleversement, un déséquilibre. Et dans cette quête de paysages vivants, les acrobates ne sont plus seulement des interprètes : ils deviennent éléments, forces naturelles, matières.
Une voix collective pour une aventure horizontale
Grande nouveauté de ce sixième spectacle : les acrobates se font aussi chanteurs. Guidés par Virginie Benoist à la composition vocale et Julie Calbete à la direction de chœur, les artistes ont intégré le chant à leur pratique, en direct. Les sons, comme les gestes, construisent des atmosphères : des harmonies surgissent, portées par une langue inventée, et viennent amplifier les émotions suscitées par la scénographie. Les chanteurs ne se contentent pas d’interpréter : ils participent eux aussi à l’action physique. Ce croisement entre corps et voix, entre chant et voltige, donne une texture inédite à la performance.
Fidèle à son fonctionnement collectif, le groupe repose sur un modèle horizontal, sans metteur en scène unique ni hiérarchie artistique. Toutes les décisions – de la dramaturgie aux aspects logistiques – sont prises en commun. « C’est exigeant, ça demande de la patience, mais c’est ce qui rend chaque création unique », explique Airelle Caen. Cette énergie commune se ressent dans chaque scène du spectacle : rien ne tient sans l’autre. Un corps seul ne peut s’élever, une figure ne se construit que dans l’élan des autres.
Mais cette ambition artistique a un coût. La production du Pas du monde a nécessité un budget de 800 000 euros, rassemblé grâce à une vingtaine de coproducteurs. Un nombre en forte hausse, qui reflète les difficultés croissantes du secteur. « Le contexte économique est tendu », alerte Guillaume Sendron. La Villette a déjà annoncé une réduction de ses programmations pour l’an prochain. Pour le collectif, qui tient à ses formats en grande distribution, la menace est réelle : « Si ça continue, on ne pourra produire que des duos. Or, notre force, c’est le groupe. »