Une trentaine d’experts internationaux réunis dans la revue The Lancet tirent la sonnette d’alarme : les aliments ultratransformés, devenus omniprésents dans les foyers comme dans les rayons, augmenteraient clairement le risque de nombreuses maladies chroniques. Leur travail, auquel ont participé trois chercheurs français, compile plus d’une centaine d’études épidémiologiques et met en évidence une accumulation de preuves difficile à ignorer. Malgré des alertes déjà récurrentes, cette nouvelle synthèse établit un lien plus précis entre la consommation de ces produits et l’incidence de pathologies cardiovasculaires, de diabète, d’obésité ou encore de troubles dépressifs. La classification Nova, aujourd’hui largement utilisée dans la recherche, sert de base à cette analyse. Elle regroupe les produits alimentaires selon leur degré de transformation. Les ultratransformés, issus de procédés industriels complexes, s’éloignent fortement de la matrice d’origine. Ils contiennent fréquemment des additifs, colorants, émulsifiants ou édulcorants qui en modifient l’apparence, la texture ou le goût. Sur cent quatre études comparant les consommateurs les plus réguliers aux plus faibles, quatre-vingt-douze montrent une augmentation significative du risque de maladie. Certaines pathologies, notamment certains cancers et maladies rénales, nécessitent encore des recherches supplémentaires, mais des signaux concordants émergent déjà.
Des produits attractifs et un marketing massif
Les chercheurs rappellent que ces aliments ne séduisent pas par hasard. Leur formulation, riche en sucres, en sel ou en arômes artificiels, vise à déclencher un réflexe de consommation rapide et répétée. Des travaux menés aux États-Unis ont même placé certains d’entre eux sur une échelle d’addiction comparable à celle utilisée pour évaluer des substances comme l’alcool ou le tabac. En parallèle, le marketing occupe une place centrale. Les enfants sont particulièrement exposés, plus de la moitié des publicités visionnées par les plus jeunes concernent des produits classés D ou E au Nutri-score, souvent ultratransformés. Les slogans jouent sur la tentation, soulignant parfois la difficulté à se limiter à une seule portion. Ce cadre publicitaire, combiné à une présence très forte dans les rayons et à des prix compétitifs, favorise la surconsommation. Selon les chercheurs, certaines stratégies employées par des industriels rappellent celles de l’industrie du tabac il y a plusieurs décennies, avec une communication jugée agressive et une influence considérée comme disproportionnée dans les débats sur la santé publique.
Des recommandations pour améliorer la protection des consommateurs
Les experts proposent une série de mesures destinées à encadrer plus strictement ces produits. Elles incluent l’apposition d’un bandeau noir sur les emballages pour indiquer clairement leur caractère ultratransformé, ainsi que l’interdiction de ces aliments dans des institutions publiques comme les écoles ou les hôpitaux. Ils recommandent également de renforcer les régulations fiscales et publicitaires, notamment pour limiter l’exposition des enfants. D’autres pistes visent à encadrer les liens entre l’industrie agroalimentaire et les milieux scientifiques ou politiques, afin de réduire les risques de conflits d’intérêts. Pour les auteurs, il s’agit moins d’interdire que de redonner au consommateur les moyens de comprendre ce qu’il achète et de créer un environnement alimentaire plus protecteur.