Essais nucléaires en Polynésie : vers une meilleure reconnaissance des victimes
Essais nucléaires en Polynésie : vers une meilleure reconnaissance des victimes

Entre 1966 et 1996, la France a mené 193 essais nucléaires en Polynésie française. Certains de ces tests affichaient une puissance cent fois supérieure à la bombe d’Hiroshima. Plusieurs décennies plus tard, un rapport parlementaire préconise d’élargir l’accès à l’indemnisation des personnes exposées.

Des critères jugés trop restrictifs

Le document, long de 900 pages, est le fruit du travail d’une commission d’enquête parlementaire. Les députés souhaitent revoir les règles d’indemnisation, notamment en supprimant le seuil d’exposition d’un millisivert, actuellement requis pour établir un lien entre la pathologie et les radiations. Ce seuil, selon plusieurs experts auditionnés, n’aurait aucune valeur scientifique pour estimer l’impact réel de la contamination. Par ailleurs, les élus plaident pour une révision des critères médicaux retenus. Depuis la loi Morin de 2010, seuls 23 cancers dits « radio-induits » peuvent ouvrir droit à une réparation. Mais d’après des conclusions rendues par un comité scientifique des Nations unies, ce chiffre pourrait s’élever à 35 ou 36 maladies, en incluant notamment des affections cardio-cérébrales pouvant mener à des AVC.

Un taux d’indemnisation faible, malgré l’ampleur de l’exposition

À ce jour, seuls 40 % des dossiers déposés aboutissent à une indemnisation. Pourtant, quelque 12 000 Polynésiens ont été employés sur les sites d’essais atomiques. En 2023, sur 564 demandes, seules 151 ont été acceptées, dont 64 concernent des résidents polynésiens. Le montant global des indemnisations s’est élevé à 12,2 millions d’euros. Pour les parlementaires, il est temps que les critères d’éligibilité évoluent pour mieux prendre en compte l’ampleur des effets des radiations. Le rapport, dévoilé ce mardi, contient 45 propositions pour améliorer le dispositif actuel. Une manière, selon ses auteurs, de répondre à une dette historique de l’État français envers la population polynésienne.

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