Méditerranée : les poissons lapins ne sont pas mignons et inquiètent les scientifiques
Méditerranée : les poissons lapins ne sont pas mignons et inquiètent les scientifiques

Leur nom pourrait prêter à sourire. Mais derrière l’appellation de « poissons lapins », se cachent deux sous-espèces invasives qui posent un sérieux problème sur les côtes méditerranéennes. Armés d’épines venimeuses, dotés de dents dignes d’un rongeur et affamés d’algues marines, les Siganus rivulatus et Siganus luridus ne font pas dans la dentelle. Arrivés par le canal de Suez, via ce que l’on appelle la migration lessepsienne, ces poissons originaires de la mer Rouge et de l’océan Indien colonisent désormais la grande bleue. Une progression qui s’accélère sous l’effet du réchauffement climatique, selon le docteur Menachem Goren, zoologiste à l’université de Tel Aviv. Moins frileux que d’autres, le Siganus luridus en particulier grimpe doucement mais sûrement vers le nord, jusqu’aux côtes françaises.

Dents d’acier et appétit ravageur

Leur spécialité : brouter sans relâche les rochers recouverts d’algues et d’herbiers marins. Un nettoyage radical, à tel point qu’ils privent de refuge les jeunes poissons et crustacés. En Israël, ces « tondeuses aquatiques » font déjà des ravages dans les écosystèmes. En Méditerranée, ils menacent des chaînes alimentaires entières, y compris celle des oursins, très prisés en Espagne et en Italie, où leur récolte représente une activité économique vitale. Venimeux, ces poissons le sont aussi. Leurs nageoires sont dotées de glandes à venin capables de provoquer des douleurs violentes si un pêcheur ou un baigneur les manipule sans précaution. Ce n’est pas mortel, mais suffisamment désagréable pour y réfléchir à deux fois. Plus inquiétant encore : leur chair peut contenir des ciguatoxines, des substances toxiques résistantes à la cuisson, connues pour causer de sévères intoxications alimentaires.

Pas de prédateur en vue, une prolifération hors de contrôle

Si l’on pensait que certains mérous, spécialistes des proies venimeuses, pourraient limiter les dégâts, la nature a démenti cette espérance. Aucun prédateur local ne semble capable de freiner la reproduction éclair des poissons lapins, qui prolifèrent au point d’étouffer littéralement la biodiversité méditerranéenne. Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme, mais pour l’heure, aucun plan de contrôle à grande échelle ne semble envisagé. Sur les plages de Méditerranée, ce sont peut-être bien eux les nouveaux maîtres du territoire sous-marin. Et leur conquête ne fait que commencer.

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