Tanzanie : arrestation de militants étrangers venus soutenir l’opposant Tundu Lissu
Tanzanie : arrestation de militants étrangers venus soutenir l’opposant Tundu Lissu

Les autorités tanzaniennes ont arrêté lundi deux militants étrangers venus assister à l’audience du chef de l’opposition Tundu Lissu, inculpé de trahison, relançant les inquiétudes sur la répression croissante contre les voix dissidentes à l’approche de la présidentielle prévue en octobre. Les arrestations, qui visent un activiste kényan et une avocate ougandaise, suscitent de vives réactions dans la région.

Boniface Mwangi, figure emblématique du militantisme au Kenya, et Agather Atuhaire, avocate des droits humains en Ouganda, ont été interpellés à Dar es Salaam alors qu’ils assistaient à la première comparution de Lissu devant le tribunal. Selon la Coalition tanzanienne des défenseurs des droits de l’homme (THRDC), les deux militants sont actuellement détenus au poste de police central de la capitale économique du pays. Mwangi aurait été accusé d’avoir fourni de fausses informations pour entrer en Tanzanie, tandis que les raisons de l’arrestation d’Atuhaire demeurent inconnues.

Contacté par Reuters, Paul Mselle, porte-parole en chef du Département des services d’immigration, a affirmé ne pas être informé de ces arrestations, promettant toutefois d’enquêter. Le gouvernement et la police tanzaniens n’ont, pour l’heure, fourni aucun commentaire officiel.

Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), Mwangi a déclaré que des hommes s’identifiant comme policiers étaient venus le chercher à son hôtel et qu’il acceptait de les accompagner une fois ses avocats présents. Plusieurs autres militants kényans, parmi lesquels un ancien ministre de la Justice, ont affirmé s’être vu refuser l’entrée sur le territoire tanzanien alors qu’ils tentaient eux aussi d’assister au procès.

La présidente Samia Suluhu Hassan, qui brigue un nouveau mandat, a récemment déclaré son engagement envers les droits de l’homme, mais dans un discours prononcé lundi, elle a fermement dénoncé ce qu’elle a qualifié d’« ingérence étrangère » dans les affaires du pays. « Il ne s’agit pas d’une invasion », a-t-elle déclaré, « mais nous n’accepterons pas que des étrangers viennent interférer. »

Tundu Lissu, ancien candidat à la présidence pour le parti d’opposition CHADEMA, est accusé de trahison pour avoir tenu, selon les procureurs, un discours incitant la population à la rébellion et à perturber le processus électoral. L’opposant, grièvement blessé par balles lors d’une attaque en 2017, avait refusé de comparaître le mois dernier à une audience virtuelle, exigeant un procès en personne. Lundi, il est arrivé au tribunal, le poing levé, sous les acclamations de ses partisans scandant : « Pas de réformes, pas d’élections ».

Son parti dénonce un processus électoral biaisé au profit du parti au pouvoir et exige des réformes avant toute participation aux prochaines élections. Ces événements viennent illustrer les tensions croissantes entre les autorités tanzaniennes et une opposition de plus en plus muselée, dans un climat électoral sous haute surveillance régionale.

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