SOCIÉTÉ Agriculture

Agriculture : la France veut ramener à 20 mg/kg le cadmium dans les engrais phosphatés d’ici 2030

Agriculture : la France veut ramener à 20 mg/kg le cadmium dans les engrais phosphatés d’ici 2030
Agriculture : la France veut ramener à 20 mg/kg le cadmium dans les engrais phosphatés d’ici 2030

Le gouvernement veut accélérer fortement la réduction du cadmium présent dans les engrais agricoles. Le ministère de l’Agriculture a annoncé vendredi 2 octobre que la teneur maximale autorisée doit être ramenée à 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ d’ici 2030, contre environ 90 mg/kg actuellement. Le seuil serait donc divisé par plus de quatre en quelques années, avec l’objectif de limiter la contamination progressive des sols et, à terme, celle de certains aliments.

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans certaines roches phosphatées utilisées pour fabriquer des engrais. Il peut s’accumuler durablement dans les sols avant d’être absorbé par les végétaux. L’alimentation constitue ensuite la principale voie d’exposition de la population. Le ministère justifie donc ce durcissement par les risques sanitaires associés à une exposition chronique et par la persistance du contaminant dans l’environnement.

Une trajectoire nettement accélérée

La décision annoncée vendredi constitue un durcissement par rapport au scénario encore envisagé au printemps. Le projet d’arrêté soumis à consultation publique en mai prévoyait alors une baisse progressive de 90 à 60 mg/kg en 2027, puis à 40 mg/kg en 2030, avant un éventuel passage à 20 mg/kg au plus tard en 2038, sous réserve d’une étude d’impact.

L’objectif de 20 mg/kg dès 2030 avait en revanche déjà été défendu à l’Assemblée nationale. Une proposition de loi adoptée en juin prévoyait précisément cette trajectoire plus rapide, conformément aux recommandations de l’Anses. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut s’était également prononcée en août pour atteindre ce seuil en 2030.

L’Anses recommande depuis plusieurs années un seuil de 20 mg/kg

L’Agence nationale de sécurité sanitaire considère qu’un plafond de 20 mg de cadmium par kilogramme de P₂O₅ dans les engrais minéraux phosphatés permettrait de mieux maîtriser les apports de cadmium dans les sols agricoles. Elle recommande parallèlement de limiter l’apport total de ce métal à 2 grammes par hectare et par an, toutes matières fertilisantes confondues.

Les travaux interministériels publiés au printemps rappellent également que l’exposition de la population française au cadmium provient principalement de l’alimentation et qu’elle a augmenté. Même une réduction importante de la teneur dans les engrais ne ferait pas disparaître immédiatement le problème, car le cadmium déjà présent dans les sols peut y rester pendant de longues périodes.

Un enjeu économique pour les agriculteurs et les producteurs d’engrais

Le durcissement du seuil pourrait toutefois avoir des conséquences sur le marché des engrais. La France importe l’intégralité du phosphore minéral qu’elle utilise et les ressources naturellement pauvres en cadmium sont plus limitées. Le rapport interministériel publié en mai soulignait donc un risque de tension sur les approvisionnements et de hausse des prix, tout en évoquant plusieurs solutions industrielles, notamment la sélection de roches phosphatées moins contaminées et les procédés de décadmiation.

Les producteurs entendus au Parlement avaient cependant indiqué pouvoir adapter leur production à une trajectoire plus rapide. Lors des débats de juin, plusieurs députés avaient ainsi fait valoir que des engrais contenant moins de 20 mg/kg pourraient être disponibles à l’horizon 2030, notamment grâce à l’évolution des approvisionnements internationaux et des techniques de traitement.

Réduire progressivement la contamination des sols

L’enjeu dépasse donc la seule réglementation des fertilisants. En diminuant les apports de cadmium chaque année, les pouvoirs publics cherchent avant tout à éviter une nouvelle accumulation dans les terres agricoles et à réduire progressivement l’exposition des consommateurs.

Avec un objectif fixé à 20 mg/kg en 2030, la France s’oriente vers un seuil trois fois inférieur au plafond européen de 60 mg/kg applicable aux engrais phosphatés. La mise en œuvre concrète de cette nouvelle trajectoire devra désormais être précisée par les textes réglementaires, notamment pour déterminer les étapes intermédiaires et les conditions d’adaptation accordées aux différentes filières agricoles.

Partager cet article

Votre actualité, selon vos intérêts

Choisissez les rubriques et la langue de votre newsletter. Vous pourrez modifier vos préférences à tout moment.

Communauté

Commentaires

Écrire un commentaire

Soyez le premier à commenter cet article.

Réagir à cet article

Les commentaires sont modérés. Les messages promotionnels, les envois automatiques et les liens abusifs sont bloqués.

Votre premier commentaire, ou tout message contenant un lien, peut être placé en attente de validation.

Application Entrevue

L’info partout avec vous

Retrouvez l’actualité, les alertes et vos rubriques préférées dans une expérience pensée pour le mobile.

Écran Alertes de l’application Entrevue : les dernières alertes info
Écran de personnalisation des rubriques de l’application Entrevue
Écran Actu de l’application Entrevue : le récit à la une