Sidi Ould Tah élu à la tête de la Banque africaine de développement dans un contexte de crise budgétaire
Sidi Ould Tah élu à la tête de la Banque africaine de développement dans un contexte de crise budgétaire

L’ancien ministre mauritanien des Finances, Sidi Ould Tah, a été élu jeudi président de la Banque africaine de développement (BAD), à l’issue d’un scrutin tenu lors de l’assemblée annuelle de l’institution à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il succèdera en septembre à l’économiste nigérian Akinwumi Adesina, arrivé au terme de ses deux mandats de cinq ans.

La nomination de Tah intervient à un moment critique pour la BAD, dont le capital atteint 318 milliards de dollars et qui compte 54 États africains parmi ses membres, aux côtés de pays non africains comme les États-Unis, le Japon ou encore l’Arabie saoudite. Principal actionnaire, le Nigéria demeure un acteur influent au sein de la structure.

Tah devra relever le défi majeur du retrait annoncé de Washington, qui prévoit de réduire de 555 millions de dollars sa contribution au Fonds africain de développement (FAD), un mécanisme essentiel de la BAD fournissant des financements bon marché à plus de 30 des pays les plus pauvres du continent. Cette coupe budgétaire pourrait fragiliser l’objectif actuel de la banque, qui ambitionne de lever 25 milliards de dollars d’ici novembre, contre 8,9 milliards lors du cycle précédent.

Les enjeux sont colossaux. Selon la BAD, le déficit de financement nécessaire à la transformation structurelle de l’Afrique dépasse les 400 milliards de dollars annuels, soit environ 14 % du PIB projeté du continent à l’horizon 2030. Dans un contexte de dette croissante, d’inflation persistante et de pressions climatiques accrues, les marges de manœuvre sont extrêmement réduites pour de nombreux gouvernements.

Les analystes estiment que Tah devra soit convaincre les États-Unis de revenir sur leur décision, soit courtiser d’autres bailleurs de fonds potentiels comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou la Chine, désireux d’accroître leur influence sur le continent. Parallèlement, il lui faudra préserver l’équilibre entre les attentes des partenaires internationaux et les besoins des États africains.

Pour prévenir de futures crises de dette, la BAD travaille actuellement à la mise en place d’un mécanisme de stabilité financière (MSFA), destiné à apporter une réponse structurelle aux vulnérabilités macroéconomiques africaines. Le nouveau président devra également gérer les conséquences de la volatilité des prix des matières premières, des tensions commerciales internationales, notamment avec les États-Unis, et du désengagement progressif de certains investisseurs étrangers.

Le mandat de Sidi Ould Tah s’ouvre donc dans un climat économique incertain, marqué par des tensions budgétaires, des attentes accrues et la nécessité de mobiliser rapidement des ressources financières massives pour accompagner le développement du continent.

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