Les électeurs de Guinée-Bissau ont approuvé dimanche une nouvelle constitution qui renforce considérablement les pouvoirs présidentiels et réduit le nombre de sièges au parlement. L’opposition conteste la légitimité du scrutin, organisé moins de dix mois après le coup d’État militaire de novembre 2025.
Le « oui » l’a emporté avec 70 % des voix, contre 30 % pour le « non », selon la Commission électorale nationale (CEN), qui a également annoncé un taux de participation supérieur à 50 %. Sa présidente, Carmen Izaura Lobo, a salué la « transparence » et la « crédibilité » du processus, louant le professionnalisme des équipes sur le terrain.
La nouvelle charte constitutionnelle confère au président le pouvoir de nommer et de révoquer le Premier ministre ainsi que les ministres, et lui permet de dissoudre le parlement. Le nombre de sièges à l’Assemblée nationale serait par ailleurs ramené de 102 à 65. Les autorités de transition présentent cette réforme comme un gage de stabilité pour ce pays d’Afrique de l’Ouest parmi les plus pauvres du continent, à trois mois d’élections présidentielle et législatives prévues le 6 décembre.
L’opposition rejette catégoriquement ce scrutin. Domingos Simoes Pereira, chef du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), détenu après le putsch puis assigné à résidence avant d’être libéré, a qualifié le référendum de juridiquement invalide depuis le Portugal. Selon lui, les institutions mises en place par les militaires n’ont aucun mandat démocratique pour réécrire la constitution. Le PAIGC et d’autres formations d’opposition avaient appelé au boycott, estimant que le vote s’inscrit dans la continuité du coup de novembre.
Fernando Dias Costa, principal adversaire de l’ex-président Umaro Sissoco Embalo lors de l’élection annulée par l’armée, a contesté les chiffres officiels de participation. « Très peu de citoyens ont pris part à ce référendum », a-t-il déclaré, affirmant que la population refuse d’accepter des changements « clairement inconstitutionnels » et jamais débattus publiquement.
Les critiques portent aussi sur les conditions d’élaboration du texte. Bubacar Ture, président de la Ligue guinéenne des droits humains, dénonce « une concentration excessive du pouvoir dans la personne du président ». Il souligne qu’aucun parti, organisation de la société civile ni autorité traditionnelle ou religieuse n’a été consulté. « Tout a été produit en secret », dit-il. Il s’inquiète par ailleurs de la suppression de dispositions relatives au contrôle constitutionnel, ce qui affaiblirait selon lui l’État de droit.
Les partisans de la réforme font valoir que le système politique actuel a engendré des conflits répétés entre la présidence, le gouvernement et le parlement, et qu’une autorité exécutive renforcée permettrait d’y mettre fin. La Guinée-Bissau a connu de nombreux coups d’État et tentatives de putsch depuis son indépendance, alimentant une instabilité chronique.
Le contexte régional n’est pas sans rappeler d’autres épisodes récents : le Togo, le Tchad, l’Ouganda, le Zimbabwe et la Guinée ont tous connu ces dernières années des réformes constitutionnelles que leurs opposants ont interprétées comme un renforcement du pouvoir exécutif au détriment des contre-pouvoirs.
La situation d’Embalo lui-même reste floue. Brièvement détenu après le coup d’État, il a quitté le pays et son lieu de résidence actuel est inconnu. Des spéculations persistent quant à une éventuelle influence qu’il conserverait sur la hiérarchie militaire, voire sur un possible retour sur la scène politique.
Les élections de décembre sont censées marquer le retour à un régime civil, mais les contestations autour du référendum compliquent d’ores et déjà la perspective d’une transition apaisée.

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