Ça revient comme une ritournelle dès que les municipales approchent. Dans une chronique publiée dans Le Figaro, l’essayiste et chroniqueur Ferghane Azihari s’en prend à l’usage du thème d’un « front antifasciste » à gauche, une bannière qu’il juge moins idéologique que tactique, pensée pour serrer les rangs et arracher des mairies, quitte à agiter un danger fasciste qu’il estime instrumentalisé.
Au coeur de sa critique, une cible assumée: Jean-Luc Mélenchon et son camp. Azihari décrit une posture politique qui, selon lui, cherche à donner une colonne vertébrale morale à des coalitions locales souvent fragiles, faites d’arrangements, de fusions de listes et de promesses de désistements au second tour, là où la mécanique municipale impose ses compromis au millimètre.
Un autre point, plus inflammable, traverse son texte. Azihari avance que des prises de position qu’il qualifie de « racistes », « francophobes » ou hostiles à certains groupes pourraient coexister avec des performances électorales élevées dans plusieurs communes, notamment là où des listes proches de La France insoumise auraient réalisé leurs meilleurs scores, ce qu’il présente comme une entorse à l’idéal républicain que la gauche revendique pourtant à longueur de discours.
Un mot d’ordre qui sert surtout de colle électorale
Un mot d’ordre qui sert surtout de colle électorale Pour étayer son raisonnement, l’auteur replace cette stratégie dans une histoire plus longue des recompositions à gauche. Il convoque notamment une note de Terra Nova, think tank proche du Parti socialiste au début des années 2010, qui évoquait la constitution d’une majorité électorale fondée sur « la France de la diversité », une ligne qu’il juge prolongée aujourd’hui par Mélenchon, avec une logique de blocs et de clientèles plus que de rassemblement au sens classique.
Derrière les mots, il y a surtout un vieux débat français qui refuse de mourir: celui du « front républicain » et de ses déclinaisons, désormais concurrencées par l’expression « front antifasciste ». Aux municipales, tout se joue dans la dentelle locale, les alliances se nouent dans l’entre-deux des appareils et les électeurs découvrent parfois au dernier moment qui gouvernera avec qui, une fois les affiches rangées.
La tribune d’Azihari tombe dans un climat encore marqué par les législatives anticipées de 2024, qui ont remis au centre la question des barrages à l’extreme droite et le prix politique de ces réflexes. Reste une évidence un peu brutale: quand l’argument moral devient un outil électoral récurrent, il finit par s’user, et la campagne municipale qui vient dira jusqu’où cette rhétorique tient encore face aux réalités très concrètes des villes et des quartiers.
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