L’affaire Lyhanna est un nouvel exemple de la faillite du système judiciaire francais. Depuis 2017, on a assisté à une succession de signalements, de plaintes, de classements sans suite, de transferts de dossiers et de lenteurs administratives qui interrogent aujourd’hui sur le fonctionnement de la justice française. Au centre de cette chronologie, un homme : Jérôme Barella, 41 ans, père d’une amie de Lyhanna. Interpellé le lendemain de la disparition, il a été mis en examen pour « enlèvement et séquestration sur mineure de moins de 15 ans » puis placé en détention provisoire. Devant les enquêteurs comme devant le juge, il est resté mutique et nie toute implication.
Problème : le nom de Jérôme Barella apparaissait déjà, depuis plusieurs années, dans plusieurs procédures ou signalements impliquant des mineures. Sans condamnation, certes. Mais avec une accumulation d’alertes que l’institution judiciaire n’a manifestement pas su traiter avec la rapidité et la fermeté qu’imposait la gravité des faits dénoncés.
2017 : un premier signalement, puis un classement
La première alerte connue remonte à décembre 2017. Une mère signale alors avoir découvert une relation entre sa fille de 17 ans et un homme majeur. La jeune fille évoque une relation consentie. La procédure est classée sans suite en 2018. À ce stade, la justice considère donc qu’aucune infraction suffisamment caractérisée ne permet de poursuivre. Mais ce premier signalement inscrit déjà le nom de Jérôme Barella dans un contexte impliquant une adolescente mineure. Pris isolément, ce dossier pouvait être classé. Relu aujourd’hui à la lumière des procédures suivantes, il devient le premier élément d’une série que personne, manifestement, n’a réellement su relier.
2021 : écarté d’un établissement scolaire après des messages à des jeunes filles
En 2021, un autre épisode vient s’ajouter à ce parcours. Jérôme Barella, alors agent d’entretien dans un établissement scolaire de Lectoure, a été écarté après des messages jugés inappropriés adressés à de jeunes filles sur les réseaux sociaux. Là encore, il ne s’agit pas d’une condamnation. Mais dans un système réellement attentif à la protection des mineurs, un tel élément aurait dû constituer un signal de vigilance. Comment un comportement signalé dans un environnement scolaire n’a-t-il pas entraîné de réaction institutionnelle plus forte ?
2022 : une plainte pour viol sur mineure classée sans suite
En 2022, une plainte est déposée pour des faits dénoncés comme un viol sur mineure de moins de 15 ans. Les faits auraient eu lieu en 2020 au domicile de Jérôme Barella, à Montestruc-sur-Gers. Le dossier est transmis au parquet d’Auch en 2024, puis classé sans suite faute d’éléments suffisants. Dans les affaires sexuelles impliquant des mineurs, l’absence d’éléments matériels immédiatement exploitables aboutit trop souvent à l’arrêt des procédures. La parole des victimes présumées se heurte alors à une machine judiciaire lente, fragmentée, et souvent incapable de transformer une alerte en enquête approfondie. La parole des victimes n’est pas prise au sérieux…
Août 2025 : la plainte qui aurait dû tout changer
Le 22 août 2025, une mère et sa fille déposent plainte à Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne, pour des viols répétés sur mineure. Les faits dénoncés auraient eu lieu entre 2024 et 2025 au domicile du mis en cause. Cette fois, le dossier apparaît particulièrement sensible. Il est transmis au parquet d’Auch, territorialement compétent, puis arrive en janvier 2026 à la brigade locale de Lectoure. Des éléments médico-légaux sont présentés comme compatibles avec les faits dénoncés. Une garde à vue est envisagée après l’audition de témoins. Pourtant, avant la disparition de Lyhanna, Jérôme Barella n’est jamais entendu dans cette procédure. C’est le point le plus explosif du dossier. Malgré une plainte portant sur des viols répétés sur mineure, avec des éléments jugés suffisamment sérieux pour envisager une garde à vue, le mis en cause reste hors de portée de l’enquête. La justice française devra répondre à cette question : comment une procédure aussi lourde a-t-elle pu avancer aussi lentement ?
Février-mars 2026 : un nouveau signalement concernant une enfant de 11 ans
En février 2026, une enfant de 11 ans, placée dans une maison d’enfants à caractère social, évoque à son tour des faits à caractère sexuel qui auraient eu lieu lors d’une soirée chez Jérôme Barella, à Montestruc-sur-Gers. Un signalement a été transmis le 13 mars 2026 au parquet d’Auch. Là encore, l’institution judiciaire est alertée. Là encore, le nom du même homme apparaît dans un contexte impliquant une mineure. Là encore, rien ne semble avoir permis d’interrompre la trajectoire qui mènera, quelques semaines plus tard, à la disparition de Lyhanna. Après la mise en examen du suspect dans l’affaire Lyhanna, le père de cette enfant déposera plainte pour viol, le 3 juin dernier.
29 mai 2026 : Lyhanna disparaît à la sortie du collège
Le vendredi 29 mai 2026, Lyhanna, 11 ans, disparaît à Fleurance, dans le Gers. La collégienne est vue pour la dernière fois à bord de la voiture de Jérôme Barella, père d’une amie de la jeune fille. Le lendemain, l’homme est interpellé. Il est ensuite mis en examen pour « enlèvement et séquestration sur mineure de moins de 15 ans » et placé en détention provisoire. Face aux enquêteurs, comme devant le juge, il garde le silence. Il nie toute implication.
À ce stade, l’enquête sur la disparition de Lyhanna bascule déjà dans une affaire nationale. Mais très vite, une autre dimension apparaît : celle des alertes précédentes, des procédures ouvertes puis classées, des dossiers transmis trop lentement, des auditions jamais réalisées.
Après le drame : l’État contraint d’enquêter sur ses propres failles
Face à l’ampleur des révélations, une enquête administrative est ouverte. Elle est menée conjointement par l’Inspection générale de la justice et l’Inspection générale de la gendarmerie nationale. Objectif : identifier d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement des procédures antérieures. Cette enquête est désormais indispensable. Mais elle arrive après le drame. Comme souvent, l’institution promet de comprendre lorsque l’irréparable semble déjà s’être produit. La justice française ne peut pas se contenter d’invoquer la complexité des dossiers, le manque de preuves ou l’encombrement des services. Un homme cité à plusieurs reprises dans des dossiers impliquant des mineures, visé par une plainte récente pour viols répétés, concerné par des signalements successifs, ne peut pas être traité comme un dossier ordinaire perdu dans les délais ordinaires.
Une question impossible à éviter
L’affaire Lyhanna met au jour une faille inacceptable : celle d’un système judiciaire à la ramasse, incapable de relier des affaires et de mesurer le risque lorsqu’un même nom revient. Le casier judiciaire de Jérôme Barella ne comportait aucune condamnation. C’est un fait. Mais son nom apparaissait dans plusieurs procédures ou signalements impliquant des mineures. C’est un autre fait. Comment un homme visé par autant de signaux a-t-il pu ne jamais être entendu ? De toute évidence, la justice française a du sang sur les mains…