Au moins 31 personnes ont péri depuis un mois dans des affrontements au Cachemire sous administration pakistanaise. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme exige des investigations indépendantes, alors que la crise s’embrase à quelques jours d’élections régionales.
Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a demandé vendredi à Islamabad d’ouvrir des enquêtes « rapides, approfondies et impartiales » sur l’ensemble des décès survenus lors des troubles, qu’il s’agisse de civils ou de membres des forces de sécurité. Le bilan s’établit à au moins 31 morts depuis le début des violences le mois dernier, dans un contexte de tensions préélectorales : les élections régionales sont prévues fin juillet.
À l’origine du mouvement, le Jammu Kashmir Joint Awami Action Committee (JAAC), une coalition de commerçants et d’activistes, avait d’abord mobilisé contre la hausse des prix alimentaires et des tarifs de l’énergie. Le conflit s’est depuis cristallisé autour d’un litige juridique portant sur des sièges législatifs réservés aux réfugiés cachemiriens. Le JAAC réclame la suppression de ces sièges, estimant qu’ils permettent à des non-résidents d’influer sur les résultats politiques locaux.
Le pic de violence a été atteint le 14 juillet dans la division de Poonch, où les forces de sécurité ont tenté de dégager des barrages routiers avant une « longue marche » planifiée par le JAAC vers Muzaffarabad. Les affrontements ont coûté la vie à neuf personnes : sept militants civils et deux membres des forces de l’ordre. Le commissaire divisionnaire de Poonch, Waheed Khan, a justifié l’intervention auprès de Reuters : les manifestants auraient bloqué un convoi sécuritaire et attaqué des agents. « La police et les forces de sécurité ont répondu en état de légitime défense », a-t-il déclaré.
L’ONU s’est alarmée de la décision pakistanaise de classer le JAAC comme organisation « terroriste » au titre de la législation antiterroriste nationale. L’institution a averti que le recours à ces mécanismes pour criminaliser des rassemblements pacifiques, couplé à de larges coupures d’internet, soulève de graves questions quant à la liberté d’association.
La crise ravive par ailleurs la rivalité entre l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires qui revendiquent chacune l’intégralité du territoire himalayen depuis leur indépendance en 1947. À New Delhi, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Randhir Jaiswal, a qualifié mercredi les troubles de « conséquence directe de l’exploitation systématique et décennale » de la région par Islamabad.
Turk a appelé à un apaisement immédiat et plaidé pour un « dialogue politique significatif et inclusif » plutôt que pour des réponses sécuritaires, afin de traiter les griefs profonds liés à l’autonomie régionale et à l’inflation.
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