Paul VI (1963-78) Le 13 novembre 1964, il retire sa tiare constellée de diamants en pleine messe conciliaire, la pose sur l’autel et la donne pour être vendue au profit des pauvres ; l’objet parcourt ensuite les USA pour une levée de fonds. Geste radical de dépouillement à l’ère de Vatican II ; l’unique « crowdfunding » papal à base de couronne en or.
Paul VI (1963-78) Le 13 novembre 1964, il retire sa tiare constellée de diamants en pleine messe conciliaire, la pose sur l’autel et la donne pour être vendue au profit des pauvres ; l’objet parcourt ensuite les USA pour une levée de fonds. Geste radical de dépouillement à l’ère de Vatican II ; l’unique « crowdfunding » papal à base de couronne en or.

Les fidèles ont jusqu’au vendredi 25 avril au soir pour saluer une dernière fois le pape François au Vatican, avant son inhumation samedi 26 avril. Ce vendredi, Entrevue.fr publie la série « Entrevue des papes », consacrée aux papes et aux instants décisifs de leur pontificat.

Surnommé « le pape des pauvres », François laisse un héritage de simplicité et de proximité avec les exclus. Avant lui, Jean XXIII (pontificat : 1958-1963, décès en 1963), canonisé en 2014, fut déjà le champion d’une pastorale des oubliés. Retour sur l’épisode le plus saisissant : sa visite surprise à la prison de Regina Coeli où il lava les pieds des détenus, faisant voler en éclats neuf décennies de protocole.

Le 26 décembre 1958, à peine deux mois après son élection, Jean XXIII quitte la chaleur feutrée du Vatican pour pousser, sans prévenir, les lourdes grilles de la prison romaine de Regina Coeli. Depuis la fin des États pontificaux, aucun pape ne s’était risqué derrière les barreaux ; l’irruption du « Papa buono » chez les détenus ressemble déjà à un séisme pastoral.

Sous les regards affolés des gardiens, il embrasse l’odeur d’humidité, choisit un prisonnier pour servir la messe et abandonne son homélie rédigée : « Vous ne pouviez pas venir me voir ; je suis venu à vous. » En moins d’une minute, la distance millénaire qui séparait la tiare des condamnés paraît s’évaporer.

Une scène inédite derrière les barreaux

Jean XXIII s’agenouille alors et lave les pieds tatoués de quelques détenus — geste liturgique jamais vu en prison. Il se souvient à voix haute d’un cousin incarcéré pour braconnage, presse les hommes d’« éliminer le mot désespoir » et fait distribuer une image bénie aux trois cents prisonniers restés en isolement. Dans les couloirs, certains sanglotent, d’autres applaudissent ; un détenu s’accroche à sa soutane : « Y a-t-il de l’espoir pour moi ? » — « Il y a de l’espérance pour tous », répond le pape. Quand la limousine blanche repart, Il Messaggero titre le lendemain : « Les murs de Regina Coeli ont tremblé ! »

Le choc perdure : Paul VI reviendra en 1964, Jean-Paul II en 2000, François y lavera les pieds de douze détenus en 2018. Mais c’est bien en cet après-midi d’hiver 1958 que s’invente l’Église « hors les murs », convaincue que la miséricorde vaut tous les systèmes de verrouillage.

Tous les articles de la série Entrevue des papes :

Entrevue des papes n°1 – Quand Jean XXIII fit trembler Regina Coeli

Entrevue des papes n°2 – Quand Paul VI renonça à sa couronne

Entrevue des papes n°3 – Quand le futur Pie II signait un best‑seller érotique

Entrevue des papes n°4 – Quand Léon XIII prêta son effigie à un vin cocaïné 

Entrevue des papes n°5 – Quand Clément VIII « baptisa » le café 

Entrevue des papes n°6 – Quand Jean‑Paul Iᵉʳ refusa la couronne

Entrevue des papes n°7 – Quand Jean‑Paul II dévalait les pistes de ski incognito

Entrevue des papes n°8 – Quand Benoît XVI pilotait son hélicoptère 

Entrevue des papes n°9 – Les secrets de la mallette noire de François

Entrevue des papes n°10 – Les papes et la France, huit rendez-vous qui ont marqué l’histoire

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