“Le plus beau selfie de l’histoire” : des clichés de la Nasa aux enchères
NASA

C’est une vente unique qui s’ouvre ce lundi 14 avril sur le site de la maison Bonhams Cornette de Saint Cyr. Pour la première fois, le collectionneur Victor Martin-Malburet se sépare d’une sélection rare de 449 photographies issues des débuts de l’exploration spatiale américaine. Des images historiques, artistiques, voire intimes, immortalisées par les pionniers de l’espace, dont certaines n’avaient jamais été dévoilées au grand public. Derrière cette collection exceptionnelle, il y a vingt-cinq années d’une quête passionnée, nourrie par une fascination pour la plus grande aventure de l’humanité : celle de l’homme quittant la Terre.

Une mémoire visuelle de la conquête spatiale

Victor Martin-Malburet a commencé sa collection à l’âge de 15 ans. Ce fils de collectionneur d’art moderne a grandi dans les salles de vente parisiennes, en quête de ce qui, selon ses mots, “a bouleversé pour toujours l’histoire de l’humanité”, comme il l’a confié à Paris Match. C’est une photo mythique de Buzz Aldrin, où se reflète Neil Armstrong dans sa visière, qui déclenche chez lui une révélation : l’espace, ce sera son domaine. Pendant vingt-cinq ans, il rassemble des clichés des missions Mercury, Gemini, Apollo, et même des images prises par les premières sondes. Ce travail minutieux lui permet de reconstituer, dans un ordre cohérent, une narration visuelle complète de la course à l’espace.

La vente met notamment en lumière des clichés rares : la première photo d’un homme dans l’espace (Gemini IV, 1965), le décollage d’Apollo 4, et surtout, un tirage unique de Neil Armstrong sur la Lune en juillet 1969 – seul cliché connu de lui à cet instant décisif. Beaucoup de ces images n’avaient pas été publiées à l’époque, car la Nasa ne diffusait qu’une sélection restreinte. Une grande partie des originaux a même été détruite lors de la numérisation des archives dans les années 1990. Grâce à ses recherches, Martin-Malburet a pu récupérer des clichés inédits, en rencontrant d’anciens employés de la Nasa qui en avaient sauvé quelques exemplaires.

L’art caché derrière la science

Au-delà de leur intérêt documentaire, ces photographies incarnent aussi une prouesse technologique et artistique. À l’époque, les astronautes utilisaient du matériel analogique dans des conditions extrêmes, avec des appareils Hasselblad, des objectifs Zeiss et du film Kodak. L’absence d’atmosphère sur la Lune imposait des contraintes de lumière inédites. “Ces photos sont des objets esthétiques, des artefacts”, affirme Martin-Malburet. Selon lui, les astronautes ne furent pas seulement des explorateurs, mais aussi les artistes involontaires d’un nouveau langage visuel.

Cette vente, s’inscrivant dans un moment charnière alors que les missions Artemis prévoient le retour de l’Homme sur la Lune d’ici 2026-2027, représente pour lui l’aboutissement de sa quête. La majorité de sa collection devrait rejoindre des institutions muséales, mais les tirages mis aux enchères offrent au public la possibilité de posséder une part de cette mémoire collective. Une manière, pour Martin-Malburet, de clore un chapitre sans pour autant mettre un terme à sa passion pour l’espace.

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