La plus ancienne manufacture de dentelle de Calais va définitivement fermer ses portes. Placée en liquidation judiciaire, la maison Darquer cessera son activité le 17 juillet 2026, mettant fin à près de deux siècles d’histoire textile. Cette disparition marque un nouveau coup dur pour la dentelle Leavers française, pourtant toujours recherchée par les grandes maisons de mode.
Une manufacture historique liée au patrimoine français
Fondée en 1840, Darquer faisait partie des dernières maisons capables de produire la célèbre dentelle de Calais-Caudry grâce aux métiers Leavers, ces imposantes machines venues d’Angleterre au XIXe siècle et perfectionnées avec le système Jacquard. L’entreprise possédait encore une quarantaine de ces métiers traditionnels et employait 45 salariés avant son arrêt définitif.
La manufacture a traversé les époques en devenant un acteur incontournable du luxe et de la création. Ses dentelles ont été utilisées par plusieurs grandes marques, notamment Chantal Thomass, Etam Lingerie ou encore le créateur britannique Peter Pilotto. Son histoire est également liée à celle de la famille de Gaulle : en 1921, Yvonne Vendroux, future épouse de Charles de Gaulle, portait une robe réalisée avec de la dentelle Darquer pour leur mariage.
Pour Corentin Potencier, président de la Fédération française des dentelles et broderies, cité par franceinfo, cette fermeture représente « une page importante de notre patrimoine français qui disparaît ». Il rappelle toutefois que cet arrêt ne signifie pas la fin de la dentelle de Calais-Caudry, même si la filière a été considérablement réduite au fil des années.
Une industrie fragilisée malgré le retour de la dentelle dans la mode
La fermeture de Darquer illustre le paradoxe actuel de cette industrie : alors que la dentelle connaît un regain d’intérêt auprès des créateurs et du grand public, les fabricants historiques peinent à maintenir leur activité. Les recherches autour de cette matière progressent fortement sur les réseaux sociaux et les plateformes d’inspiration, mais cette popularité profite davantage à l’esthétique de la dentelle qu’aux manufactures françaises qui perpétuent sa fabrication traditionnelle.
Depuis plusieurs années, les producteurs de dentelle Leavers affrontent une concurrence accrue des dentelles industrielles moins coûteuses, notamment venues d’Asie. La complexité de fabrication, le coût des machines anciennes et la rareté des compétences nécessaires rendent difficile la survie des ateliers historiques.
La filière avait pourtant obtenu une reconnaissance importante en 2024 avec l’attribution de l’Indication géographique « Dentelle de Calais-Caudry », destinée à protéger ce savoir-faire unique et à valoriser une production locale face aux imitations. Cette avancée n’a cependant pas suffi à inverser la tendance.
Avec la disparition de Darquer, il ne resterait plus que quelques acteurs spécialisés dans la dentelle Leavers à Calais et Caudry. Une situation qui inquiète les défenseurs de ce patrimoine industriel, alors que la profession, qui comptait autrefois plusieurs dizaines de milliers de salariés, ne rassemble aujourd’hui plus que quelques centaines de personnes.
À Calais, l’émotion est forte. La maire Natacha Bouchart a évoqué auprès de Nord Littoral un « coup très dur » pour la ville, historiquement associée à la dentelle. La fermeture de Darquer rappelle ainsi une réalité difficile : un savoir-faire reconnu dans le monde entier peut continuer à fasciner les créateurs tout en disparaissant progressivement faute de modèle économique viable.
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