Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a confirmé vendredi qu’il assumait sa réaction à la tribune anti-Bolloré publiée mi-mai par des professionnels du cinéma. Interrogé lors de l’assemblée générale de Canal+, il a déclaré que le groupe ne souhaitait plus financer certains projets portés par des signataires de ce texte, tout en rejetant l’idée d’une « liste noire ».
« Si quelqu’un sonne chez vous, vous traite de fasciste et ensuite vous demande de l’argent, peut-être que vous ne lui donneriez pas de l’argent. On va faire exactement pareil », a déclaré le dirigeant. Il a précisé que Canal+ allait intégrer, en plus des critères « artistique » et « commercial », une nouvelle dimension dans l’étude des dossiers de financement : la considération portée au groupe par les personnes qui portent le projet.
« Je n’ai évidemment jamais parlé de liste noire »
Maxime Saada a toutefois assuré qu’il ne s’agissait pas de cibler individuellement tous les professionnels ayant signé la pétition. « Il n’est pas question pour nous d’aller traquer les techniciens qui ont signé la pétition et de ne plus financer les films pour lesquels ils travaillent », a-t-il déclaré.
Selon lui, le sujet n’est pas la liberté d’expression, mais le « préjudice porté à Canal+ ». Le dirigeant a cité les critiques associant Canal+ à une « vision fasciste de l’imaginaire collectif » et les sifflets visant le logo de la chaîne lors de certaines projections au Festival de Cannes comme des atteintes à la réputation du groupe.
Une tribune publiée avant Cannes
La polémique est née d’une tribune publiée dans Libération à l’initiative du collectif « Zapper Bolloré ». Le texte dénonçait l’influence croissante de Vincent Bolloré dans le cinéma français et s’inquiétait notamment de la montée de Canal+ au capital d’UGC. La tribune comptait environ 600 signataires au moment de sa publication, dont plusieurs figures du cinéma comme Juliette Binoche, Swann Arlaud, Jean-Pascal Zadi, Blanche Gardin, Adèle Haenel ou Arthur Harari.
Le texte visait notamment l’acquisition par Canal+ de 34% du capital d’UGC, avec une perspective de prise de contrôle totale à partir de 2028. Les signataires y voyaient un risque de concentration dans la chaîne du cinéma, de la production à la distribution, en passant par l’exploitation en salles.
Une première réponse à Cannes
Le 17 mai, en plein Festival de Cannes, Maxime Saada avait déjà réagi à la tribune lors d’un rendez-vous organisé par Canal+. Il avait alors déclaré ne plus souhaiter que Canal+ travaille avec les signataires du texte, estimant avoir vécu cette pétition comme une injustice envers les équipes du groupe. Ces propos avaient provoqué des réactions dans le milieu du cinéma, où Canal+ occupe une place centrale dans le financement des films français. Le groupe est régulièrement présenté comme le premier financeur du cinéma français. Selon Télérama, Canal+ s’est engagé à investir 160 millions d’euros en 2026 et 170 millions en 2027 dans le cinéma français, après 150 millions en 2025.
La LDH et la CGT Spectacle saisissent la justice
La Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle ont annoncé une action devant le tribunal judiciaire de Nanterre contre Canal+. Les deux organisations dénoncent une discrimination à l’encontre des signataires de la tribune, fondée selon elles sur une expression politique et syndicale. Elles demandent à la justice d’interdire toute mesure d’exclusion, de refus de collaboration ou de discrimination liée à cette signature. Les auteurs de l’action judiciaire envisagent également un recours devant la Commission européenne pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’« abus de dépendance économique » de Canal+ dans le secteur du cinéma.
La ministre de la Culture appelle au dialogue
La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a réagi à la polémique en regrettant les propos de Maxime Saada. Elle a appelé à ce que « la raison et le dialogue » l’emportent sur les menaces, dans un contexte de tensions entre une partie du monde du cinéma, Canal+ et l’actionnaire de référence du groupe, Vincent Bolloré. De son côté, Maxime Saada a défendu le rôle de Vincent Bolloré dans le redressement de Canal+, affirmant que le groupe perdait auparavant 400 millions d’euros en France. Il a également rappelé que Canal+, devenu une entité autonome après la scission de Vivendi fin 2024, n’était pas contrôlé par le groupe Bolloré, même si celui-ci reste son actionnaire de référence.