La crise sociale qui secoue France 3 Île-de-France a franchi un nouveau cap. Hier, la Société des journalistes de l’antenne régionale a annoncé l’adoption d’une motion de défiance visant plusieurs responsables de France Télévisions, dont Delphine Ernotte-Cunci, présidente du groupe public. Selon les chiffres communiqués par la SDJ, le scrutin a enregistré 76% de participation et 93% de réponses négatives à la question posée aux journalistes. Le vote mettait en cause Yolaine Poletti-Duflo, directrice régionale, Christophe Poullain, directeur du réseau France 3, ainsi que Delphine Ernotte-Cunci.
Une grève déclenchée le 2 mars autour d’un studio réaffecté à Franceinfo
À l’origine du conflit, une décision de la direction qui a provoqué la colère de la rédaction. Les journalistes de France 3 Île-de-France se sont mis en grève le 2 mars dernier pour contester l’attribution, à compter du 24 mars, du studio utilisé pour les journaux du midi et du soir à la chaîne d’information en continu Franceinfo, également intégrée au groupe France Télévisions. Cette réorganisation est au cœur du mouvement social en cours depuis plusieurs semaines
Des conditions de production jugées incompatibles avec les journaux régionaux
Dans le texte de la motion, les journalistes décrivent une dégradation directe de leurs conditions de travail depuis la perte de leur studio habituel. Ils écrivent : « nous sommes contraints de présenter les éditions régionales dans un réduit de 12m2 qui d’habitude fait office de plateau de secours. Un espace totalement inadapté à des journaux de 35 minutes, à des chroniques, à des invités ». La rédaction estime ainsi que son outil de travail n’est plus adapté à la fabrication normale de ses éditions régionales.
Une question de confiance posée à la hiérarchie de France Télévisions
Le vote organisé auprès d’environ 60 journalistes portait sur une formulation explicite. La question soumise à la rédaction était la suivante : « Accordez-vous votre confiance à Yolaine Poletti-Duflo, directrice régionale, à Christophe Poullain, directeur du réseau France 3, à Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions pour garantir la préservation des moyens techniques, la ligne éditoriale, et l’avenir au sein du réseau de France 3 Île-de-France ? » Le résultat très majoritairement négatif traduit un désaveu net de la stratégie managériale et technique dénoncée par la rédaction.
Le mouvement social a déjà eu des conséquences à l’antenne
Cette mobilisation n’est pas restée sans effets concrets sur la programmation. Le conflit a notamment entraîné l’annulation de deux soirées électorales prévues à l’occasion du premier et du second tour des élections municipales. Cela montre que la contestation a déjà perturbé la couverture événementielle locale de la chaîne.
Une solution transitoire de trois mois qui ne rassure pas la rédaction
La direction présente l’installation actuelle comme une solution temporaire. Le texte de la motion évoque une « transition » de trois mois avant l’intégration de la rédaction dans un autre plateau, cette fois sans décor. Mais cette perspective ne dissipe pas les critiques. Abdelaali Joudi, délégué syndical SNJ, a précisé : « Il faudra cependant le partager avec les équipes de journalistes ultra-marins (Réunion La première, Martinique La première etc), avec parfois seulement 8 minutes pour prendre la relève de l’équipe précédente ». Pour les grévistes, cette future organisation ne règle donc ni la question des moyens, ni celle de la fluidité de production.
Delphine Ernotte-Cunci directement visée
Le fait que Delphine Ernotte-Cunci soit directement mentionnée dans la motion donne à cette affaire une portée dépassant le seul cadre local. La présidente de France Télévisions a été reconduite par l’Arcom le 14 mai 2025 pour un mandat de cinq ans à compter du 22 août 2025. Cette motion de défiance montre une tension interne importante au sein du service public audiovisuel, alors que les questions de gouvernance, d’organisation des rédactions et de moyens techniques restent particulièrement sensibles.
Au moment des premières publications, la direction de France Télévisions n’avait pas fait de commentaire immédiat sur cette motion de défiance.
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