Un nouveau pesticide, fondé non pas sur une molécule chimique mais sur une action génétique ciblée, est en train d’être évalué par les autorités européennes. Le produit, nommé Calantha et développé par la société américaine GreenLight Biosciences, agit par interférence ARN, une technologie qui neutralise certains gènes d’insectes ravageurs. Autorisé depuis un an aux États-Unis pour lutter contre le doryphore de la pomme de terre, il arrive aujourd’hui dans le viseur de l’Union européenne où il suscite autant d’espoirs que de inquiétudes. Calantha repose sur une substance active appelée Ledprona. Contrairement aux insecticides traditionnels, il ne diffuse aucune molécule chimique mais cible directement les ARN messagers qui permettent à l’insecte de produire certaines protéines. Les chercheurs décrivent un mécanisme qui reconnaît un « prénom » attribué à un gène, ce qui conduit à empêcher sa lecture et, à terme, à tuer l’insecte. Cette approche, déjà employée par Monsanto depuis plusieurs années dans des variétés de maïs, représente une rupture technologique dans le secteur agricole européen.
Des risques encore mal identifiés, faute d’études publiées
Malgré un discours rassurant du fabricant, qui assure que son pesticide n’aurait aucun effet sur les abeilles, les papillons ou les mammifères, les données disponibles restent très limitées. Les essais menés en France entre 2020 et 2025 ont été réalisés dans des conditions strictement encadrées, sur de petites parcelles et avec destruction systématique des végétaux traités. Aucun résultat détaillé n’a été rendu public, alimentant le doute sur l’impact réel de ces produits sur les espèces non ciblées. De son côté, l’ONG Pollinis dénonce un risque sous-estimé. Elle rappelle que, déjà aux États-Unis, des alertes avaient été émises sur les effets potentiels de ces ARN interférents sur des guêpes non ciblées. Elle appelle à suspendre toute perspective d’autorisation tant qu’une grille d’évaluation adaptée, spécifique à ces nouvelles technologies, n’a pas été mise en place. Pour l’ONG, les erreurs commises avec les pesticides chimiques ne doivent en aucun cas être reproduites dans un domaine où les conséquences sur les écosystèmes restent largement inconnues. Pour l’heure, seule Pollinis a répondu à l’enquête publique lancée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments. L’évaluation de Ledprona suit son cours, sans calendrier annoncé. L’arrivée de ces pesticides génétiques dans l’agriculture européenne reste donc suspendue à une décision qui pourrait bouleverser les pratiques, mais aussi ouvrir un débat majeur sur les risques d’une technologie encore largement expérimentale.