Lundi 15 septembre, à Toulouse, la branche spatiale de Thales (Thales Alenia Space, détenue par Thales et Leonardo) comparaît pour « mise en danger de la santé des salariés » et « violation de l’obligation de prévention » selon l’assignation portée par la CGT. Au-delà des chiffres d’un plan social massif, le tribunal va entendre une réalité plus sourde, celle d’une organisation du travail bouleversée, de charges qui explosent, de projets menés au pas de charge, et d’équipes qui vacillent. Au fil des mois, les témoignages se sont accumulés. Sébastien, ingénieur, s’est vu prescrire un arrêt d’un mois au printemps après avoir été basculé sur deux programmes à la fois. « Sur l’un, la pression pour livrer écrasait tout, on dégradait la qualité, sur l’autre, j’ai été lâché, ni encadré, ni formé », confie-t-il. Ce récit n’est pas isolé. L’inspection du travail a alerté la direction dès le 14 février, écrivant que « la progression du risque psychosocial est désormais avérée » et que les mesures en place « sont insuffisantes » pour protéger la santé des salariés.
Des indicateurs au rouge, des alertes ignorées
Une étude indépendante, conduite par Technologia auprès de 1 607 répondants sur un effectif de 4 471, a posé des chiffres sur le malaise. Cinquante-huit pour cent des salariés se situent dans une zone de risque « modérée à élevée », cinquante-sept pour cent déclarent un état de fatigue chronique, cinquante-deux pour cent disent déborder fréquemment de leur temps de travail. Dans les locaux syndicaux, les visites se succèdent, décrit la CGT, avec des salariés sommés de tenir les délais et, en même temps, de chercher un nouveau poste. « Nous craignons à tout moment de nouveaux cas d’épuisement professionnel, voire un drame », prévient Thomas Meynadier, délégué syndical CGT, qui a choisi la voie d’une assignation à jour fixe, plus rapide qu’un référé, « pour revenir à un environnement de travail sain ». La direction assure, par mail, que « la qualité de vie des salariés a toujours été la priorité » et met en avant des « moyens spécifiques » déployés durant la transformation, notamment des sessions de formation et le renforcement des services médicaux sur site. Sur le terrain, ces garde-fous peinent cependant à convaincre des équipes déjà amincies et sommées de livrer au même rythme.
Un plan social gelé, des plaies ouvertes
Le plan prévoyait 980 suppressions de postes en France, dont 650 à Toulouse (siège de la filiale française) et 330 à Cannes. Plus de 730 postes ont déjà été supprimés selon le dernier bilan de mai. Fait nouveau, la réorganisation est suspendue jusqu’à la fin de l’année, le carnet de commandes s’étant rempli, des recrutements ayant été relancés. Pour la CGT, cette pause ne saurait suffire, l’objectif reste l’abandon pur et simple du plan. Au procès, la question ne portera pas seulement sur la légalité d’un projet de restructuration, mais sur l’obligation, inscrite dans le code du travail, de prévenir les risques et de protéger la santé mentale et physique. Entre indicateurs au rouge, témoignages d’isolement et injonctions contradictoires, la chambre sociale devra dire si l’employeur a manqué à son devoir de prévention, et, le cas échéant, imposer des mesures correctives immédiates. La décision sera mise en délibéré. En attendant, chez Thales Alenia Space, l’activité continue, les équipes tiennent, mais les signaux d’alerte s’accumulent, comme autant de voyants qui clignotent avant la panne.