Voler une assiette ou une salière n’a jamais été aussi tendance. Sur TikTok, chaparder discrètement un objet après un dîner au restaurant devient un défi à la mode, alimenté par une poignée d’influenceurs qui en font un nouveau terrain de jeu viral. Le phénomène, aussi dérangeant que banalisé, inquiète de plus en plus les restaurateurs et commerçants.
Du “souvenir” au butin revendiqué
Une râpe à fromage, un verre à cocktail, une coupelle en céramique : voilà le genre de « trésors » que certains clients ramènent fièrement chez eux. Sur les réseaux, ces vols sont montrés comme des trophées. Une vidéo TikTok cumulant plus de 900.000 vues montre une utilisatrice exhiber ses larcins en riant, demandant à sa communauté quelle est « la meilleure chose qu’ils ont volée dans un restaurant ». Réponses enthousiastes en commentaire. Aucun remords, bien au contraire : certains parlent même de « souvenirs ». Une autre tiktokeuse, suivie par des milliers d’abonnés, va plus loin : elle revendique voler à chaque sortie et affiche sa collection personnelle d’objets « empruntés ». Assiettes, verres, bouteilles, tout y passe. La vidéo a été visionnée plus de 7 millions de fois. « Je ne suis ni la première ni la dernière à le faire », s’amuse-t-elle. « Soyons honnêtes, vous le faites aussi. »
Un ras-le-bol croissant chez les commerçants
Le phénomène dépasse les frontières américaines et s’installe aussi en France, où les commerçants constatent une recrudescence des vols, notamment dans les cafés, boutiques ou petits restaurants. À Amiens, Jérôme Jean, commerçant excédé, a fondé l’association Ras-le-vol après s’être fait dérober pour près de 950 euros de marchandises. En janvier 2023, il publie les visages des voleurs sur ses réseaux sociaux, une initiative qui lui vaut un risque légal – 45.000 euros d’amende et un an de prison – mais aussi un buzz massif : 5 millions de vues. Depuis, il milite pour un encadrement légal du droit à diffuser les images des voleurs. Son combat vise à faire évoluer la législation pour permettre aux commerçants de se défendre face à ces actes banalisés par les réseaux sociaux. Son slogan ? « Établissement sous vidéosurveillance, nous diffusons les images en cas de vol. » Derrière ces vidéos « légères », c’est une banalisation inquiétante du vol qui s’installe, à coup de likes et de commentaires complices. Et une réalité pesante pour ceux qui, chaque jour, voient partir un peu de leur outil de travail dans les poches de leurs clients.