L’hôpital public relève progressivement la tête après des années de crise, mais les Français restent profondément inquiets. C’est ce que révèle le second Baromètre de l’accès aux soins publié par la Fédération hospitalière de France (FHF). Pour la première fois depuis la pandémie, la dette de santé publique accumulée commence à se résorber, avec un regain d’activité notable dans les établissements hospitaliers.
Les chiffres montrent que 500 000 séjours hospitaliers ont été rattrapés en 2024, notamment en chirurgie et sur les actes peu invasifs. Mais un retard persistant demeure : trois millions de séjours n’ont toujours pas eu lieu sur la période 2019-2024. Les plus de 85 ans, en particulier, restent en situation de sous-recours médical, avec 12 % d’hospitalisations en moins par rapport aux attentes. Certaines spécialités sont particulièrement touchées, comme la cardiologie, la rhumatologie ou la neurologie, avec 180 000 séjours manquants.
Si l’activité hospitalière redémarre, le secteur peine à répondre à la demande. Les chirurgies lourdes, toutes classes d’âge confondues, affichent un déficit de 700 000 séjours depuis 2020. La situation inquiète les professionnels de santé, qui alertent sur les conséquences dramatiques pour les patients en attente de diagnostics et de soins vitaux.
Face à ces difficultés, l’opinion publique se crispe. Selon le baromètre, 92 % des Français estiment que l’hôpital public est en danger, et près de neuf sur dix dénoncent un manque criant de moyens et des conditions de travail détériorées pour les soignants. La peur de ne pas être correctement pris en charge gagne du terrain : 75 % des Français redoutent de ne pas accéder à des soins de qualité en cas d’urgence, et 66 % déclarent appréhender une hospitalisation.
Autre donnée préoccupante, le renoncement aux soins explose. Plus de deux tiers des Français (68 %) affirment avoir renoncé à au moins un acte médical ces cinq dernières années, en raison des délais d’attente (59 %), de difficultés financières (45 %) ou de la distance (38 %). Dans les hôpitaux, l’accès aux urgences devient un parcours du combattant : 39 % des patients dénoncent des délais excessifs, tandis que 36 % pointent l’absence d’examens médicaux.
Si les Français sont unanimes sur la nécessité d’un investissement massif dans l’hôpital public (95 % y sont favorables), ils exigent aussi des réformes ciblées. Ils plébiscitent la formation de plus de médecins dans les disciplines en tension (94 %) et appellent à une répartition plus équitable des praticiens sur le territoire, quitte à leur imposer un lieu d’exercice en début de carrière (86 %).
L’hôpital public semble amorcer un timide redressement, mais la confiance des Français, elle, continue de s’effriter. L’urgence est là : plus qu’un simple rattrapage, c’est une refonte en profondeur du système qui est attendue.