Ils pensaient mettre la main sur un dirigeant de la cryptosphère. Ils se sont trompés d’adresse. Trois jeunes hommes de 19 à 22 ans ont été mis en examen à Paris après une tentative de braquage visant le patron de la filiale française de Binance. Deux ont été placés en détention provisoire, le troisième a demandé un débat différé.
Jeudi vers 7 heures du matin, un commando encagoulé et armé a fait irruption dans un immeuble de Saint-Mandé, dans le Val-de-Marne. Un couple a été séquestré et violenté. Les agresseurs cherchaient manifestement le dirigeant de Binance France, sans le trouver. Trois appartements ont été fouillés. Deux téléphones ont été dérobés avant que les suspects ne prennent la fuite.
Une double erreur et une traque express
La cavale a été de courte durée. Les téléphones volés ont été géolocalisés à Vaucresson, dans les Hauts-de-Seine. Les suspects sont alors entrés dans un autre logement, s’en prenant à une nouvelle famille. Là encore, ils semblaient viser un entrepreneur lié aux cryptomonnaies. Selon le parquet, ils se seraient trompés une seconde fois.
Au cours de cette intrusion, une femme a reçu plusieurs coups de crosse. Les victimes ont entendu l’un des agresseurs indiquer au téléphone que l’adresse n’était pas la bonne. Les trois hommes ont ensuite quitté les lieux à bord d’un véhicule correspondant à celui utilisé lors du premier fait.
Localisés, suivis puis interpellés à leur descente de train à Lyon, ils ont été placés en garde à vue avant leur présentation à un juge d’instruction. Ils sont poursuivis pour séquestration en bande organisée, vol et extorsion en bande organisée, association de malfaiteurs et infractions liées aux armes. L’enquête a été confiée à la brigade de répression du banditisme.
Cette tentative s’inscrit dans une série d’affaires visant des acteurs ou proches du secteur des cryptomonnaies
Depuis début 2025, les enlèvements et tentatives d’extorsion liés à ces actifs numériques se multiplient en France. Le rapt du cofondateur de Ledger, David Balland, avait marqué un tournant. Plus récemment, plusieurs suspects ont été mis en examen dans une affaire de séquestration visant l’entourage d’un entrepreneur grenoblois actif dans la crypto.
L’essor fulgurant des cryptomonnaies, leur volatilité et la médiatisation de fortunes rapides attirent désormais un banditisme organisé en quête de rançons express. Mais l’affaire de Saint-Mandé montre aussi les failles de ces opérations improvisées, où la violence s’exerce sur des cibles mal identifiées. Une escalade qui inquiète les autorités, confrontées à une nouvelle forme de criminalité hybride, entre grand banditisme classique et univers numérique.