Dans les allées de certains supermarchés, les palettes débordent d’huile de tournesol en grand format, de semoule, de feuilles de brick, de dattes ou de galettes de blé. Un peu plus loin, nems, gyozas et yakitoris s’alignent sous des décors inspirés d’Asie. Février concentre cette année deux temps forts commerciaux majeurs, le Ramadan et le Nouvel An chinois. Pour la grande distribution, ce chevauchement inédit représente une opportunité stratégique.
Les enseignes ont anticipé la demande. Catalogues dédiés, promotions ciblées, mises en avant massives en tête de gondole et élargissement des gammes caractérisent cette période. Le Ramadan, qui s’étend sur environ un mois, entraîne traditionnellement une hausse significative des ventes de produits halal, d’ingrédients de base et de spécialités orientales. À cela s’ajoutent les achats festifs liés au Nouvel An chinois, qui stimulent la demande en produits asiatiques, plats préparés et articles thématiques.
Un marché structuré et en croissance
Les distributeurs observent depuis plusieurs années une progression continue des ventes liées au Ramadan. L’augmentation concerne non seulement les viandes halal, mais aussi l’épicerie, les boissons, les desserts et les produits festifs destinés à la rupture du jeûne. Les enseignes adaptent leur offre en conséquence, en travaillant davantage avec des fournisseurs spécialisés et en développant des marques propres.
Le Nouvel An chinois constitue, lui aussi, un moment clé. Les références asiatiques bénéficient d’une visibilité accrue, avec des animations en magasin et des mises en scène thématiques. Pour les distributeurs, la concomitance des deux événements crée un effet cumulatif sur la fréquentation et le panier moyen.
Certains acteurs estiment que ce calendrier exceptionnel pourrait permettre de doubler les ventes sur certaines catégories de produits par rapport à un mois de février ordinaire. Les industriels et les importateurs se préparent en amont, ajustant leurs volumes et leurs stocks pour éviter les ruptures.
Un levier stratégique
Le contexte de consommation est à l’heure actuelle globalement atone. Après plusieurs mois marqués par l’inflation et des arbitrages budgétaires des ménages, ces périodes festives constituent des relais de croissance précieux. Les distributeurs y voient l’occasion de stimuler les volumes tout en renforçant leur image auprès de clientèles spécifiques.
Au-delà de l’effet conjoncturel, ces rendez-vous montrent une transformation du paysage commercial. Les marchés liés aux fêtes religieuses et culturelles gagnent en visibilité et en structuration. Les enseignes investissent davantage dans la connaissance des habitudes de consommation et dans la diversification de leurs assortiments. Février devient ainsi un mois stratégique, où se croisent dynamiques culturelles et impératifs économiques. Pour la grande distribution, l’enjeu dépasse la simple animation commerciale. Il s’agit de capter une demande en expansion tout en consolidant des positions sur des segments devenus incontournables.